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L'implacable deuil de la défonce: La méthadone

Appuyer sur la seringue. Se taper un flash, ou essayer de se taper un flash. Se taper une bonne défonce. Appuyer à nouveau sur la seringue. Se taper un flash, ou essayer de se taper un flash. Se taper une bonne défonce. Sentir le manque arriver. Se taper une bonne crise de manque. Trouver du blé. Trouver un revendeur ou aller chez son revendeur. Attendre la came. Prendre la came, filer son blé. Appuyer sur la seringue. Se taper un flash, ou essayer de se taper un flash. Se taper une bonne défonce. Sortir boire un coup, trainer avec les potes. Piquer du nez. S'endormir. Appuyer sur la seringue...

Et un jour tout ça s'arrête.
Déclic, je décide de quitter ma meilleure amie, devenue pour alors - c'est la raison qui parle - ma pire ennemie. Se séparer d'elle, alors qu'elle comblait mes journées. Un vrai couple, ensemble H24, et si par malheur nous venions à nous séparer, j'en étais malade et n'avais qu'une idée en tête, te rejoindre, Hélène. En attendant je souffre, ou tente tant bien que mal de trouver une amie à sa hauteur, Skénan, Sub, Codéine, pas une d'entre elles n'arrive à la cheville d'Hélène.
Un jour cette vie en communauté devint invivable. J'ai tout laissé tomber pour Hélène et me suis donné à plein temps pour elle. Le corps capitule, la raison alerte. Je lui ordonne de s'en aller, mais Hélène est possessive, me retient et s'acharne à me convaincre que je ne peux vivre sans elle.

Je me suis rendue au CSAPA du coin, et après deux mois d'entretiens hebdomadaires, les médecins m'ont annoncé la primo prescription du traitement méthadone. J'ai soufflé, j'ai sourit mais j'ai eu peur. Hélène aussi. Je n'attendais plus que ça mais me voilà tout d'un coup angoissé. Ça y est tout est fini, on arrête les conneries, on se range. J'aurais voulu prendre mes jambes à mon coup mais j'ai bu ce flacon de métha qu'on me tendait, symbole d'une page tournée.
Quand j'ai enfin trouvé le dosage confort qui me permettait de me sentir physiquement bien et de n'être plus prise de soudaines envies compulsives d'H, est arrivé ce que je redoutais depuis le premier jour de mon traitement: l'ennui et la nostalgie.

Le monde n'avait pas changé, il était le même que lorsque je l'avais quitté en m'en allant dans mon paradis artificiel -l'expérience en plus - que je trainais comme un boulet à la cheville. Les choses reprenaient leur cours, d'une morosité accablante et d'une banalité frustrante. Me vint alors la nostalgie de ce fragment d'expérience marginale. L’atterrissage était dur... L'existence me semblait insipide, grotesque, terriblement morne.
Il n'y a pourtant pas plus routinier qu'une vie de camé, les choses y étaient rassurantes, je savais de quoi était fait aujourd'hui, de quoi était fait demain, chaque journée ressemblait à la précédente tout en étant paradoxalement à l’opposé de la monotonie. Un univers d'excès, glauque, où l'avenir n'existait pas, qui vint à me manquer.

Je ne su, cette rentrée là, malheureusement pas raccrocher les wagons. Je persistais à me rendre chaque jour à l'université, j'étais là, au milieu d'un troupeau de jeunes, mais je n'avais jamais été si seule, j'avais loupé un épisode de leur histoire, ma vie s'était mise sur pause en rencontrant l'H, la leur avait continué. Pas une seule chose n'avait plus de sens que l'autre. Je tournais en rond, j'errais à nouveau. J'ai cherché à compenser, je n'ai rien trouvé.

On n'oublie malheureusement jamais nos plus belles rencontres.




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