S'abonner à ce blog
stationtostation » stationtostation » Drogues, Prévention et RDR » J'écris tes chapitres, Héroïne de ta vie

J'écris tes chapitres, Héroïne de ta vie

Commence une période de bonheur. Je ne suis plus seule à présent, j'ai trouvé une compagne. On passe notre temps toutes les deux, seulement toutes les deux, et on emmerde le monde, on emmerde le reste. Je ne peux m'imaginer séparée d'elle, le temps est si long, invivable et dénué de sens quand elle n'est pas là.
J'emmerde ce connard de T. qui préfère être dans les bras de sa pouf. Ils m'en faisaient baver avec leur histoire, je n'imaginais pas que cette pouf me sépare de la seule personne qui comptait pour moi, je n'imaginais pas me retrouver seule, abandonnée, j'aurais préféré crever. Avec l'H je m'en fous, et tout ça n'a plus d'importance.

J'ai encore de l'argent, quelques économies, D. lui a de la came, beaucoup de came. Tout va pour le mieux, c'est la lune de miel de ma période sous came. Je me défonce, je dors la journée, je sors la nuit. Le monde de la nuit, je le vois sous un autre regard, j'ai le sentiment d'être dans un rêve éveillé, tout est si beau et je me sens revivre. Des néons éclairés de la gare à la musique des bars de nuit, tout me semble si magnifique.

En fait plus le temps passe, plus je me coupe du monde. Et bientôt je ne sors plus que pour le distri et pour me procurer cette petite poudre brune emballée dans son plastique.
Je ne bouffe plus, ou presque, une conserve tous les trois jours, quand mon estomac me rappelle qu'il est encore là.
La jeune fille montée sur talons avec son trench impec a laissé place à une fille vêtue d'une veste en jean clair et d'un jean de ton similaire, en basket. Ses longs cheveux châtain cache un visage pâle et amaigri, même les lèvres ont perdu leur couleur.
Son seul plaisir est d’enfoncer la seringue dans cette foutue veine, ne faire plus qu'une avec l'H, un rêve éveillé, le corps anesthésié, se laissant emporter au rythme de Let's Dance. « Aaah aaaah aaah aaah aaah Let's dance, Let's dance, put on your red shoes and dance the blues, Let's dance, to the song they're playin' on the radio ».
Mais qu'importe le reste...

Noël arrive, je passe un Réveillon plus ou moins clean avec mes frères et ma mère. On s'échange quelques petits cadeaux. Il y a déjà plusieurs années que Noël n'a plus vraiment d'importance dans notre famille.
Quand je rejoins les miens, je redeviens A., la petite sœur ou la petite fille, rien à part les cicatrices, ne laisse encore entrevoir que la came commence à pourrir ce petit corps innocent.

Jeudi 29 décembre. Voilà une semaine que je n'ai quasiment pas mis les pieds dehors, une semaine que je suis seule avec l'H, un éclair de lucidité me frappe. Le cocon dans lequel je suis enfermée depuis quelques jours ne pourra pas durer éternellement. Le temps ne s'est pas arrêté, bien au contraire, il passe, à une vitesse infernale, les choses évoluent, choses vont évolue. L'argent ne continuera pas à couler à flots, la came non plus, le loyer et l'électricité ne se payeront pas seuls, et s'ils décident de ne pas se payer, les emmerdes arriveront, que la came soit là pour tenter de les repousser ou pas. En ce jeudi après midi toutes ces idées m'envahissent, celles-ci et beaucoup d'autres. Je me sens seule, complètement perdue et délaissée. Même le shoot que je m'envoie ne parviens pas à calmer totalement l'intense sentiment de solitude qui m'envahit.
Je me souviens d'une adresse que ma mère m'a donné, en cas de coup de blues. C'est un point accueil écoute jeunes, leur local est juste en bas de chez moi.
Je retire la seringue, enfile mon manteau, allume une clope, Absolute Beginners aux oreilles, direction le PAEJ.
Je pousse la porte, je veux de l'aide, je veux que quelqu'un me voit. Je ne suis qu'un bébé dans le monde de la came à ce moment là, je viens d'y naître, et pourtant, j'ai l'impression d'y être depuis des années tellement le désespoir m'envahit.
Je suis reçue par une psy, elle est cool, elle me demande pourquoi je suis ici, « aidez moi, je ne sais plus comment faire ». Alors je lui balance tout, depuis le début, et elle me questionne, sur moi, ma famille, mes anciens projets, et je pleure, je pleure. Au bout d'une heure j'ai vidé mon sac, je vais mieux, elle me donne un nouveau rendez vous, je rentre. J'ai à nouveau la pêche et, comme ci j'avais oublié tout ce dont nous avions parlé durant cette heure, je m'envoie un nouveau shoot.



 sur http://tribulationsacontrecour [...] -blogs.fr/