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Les métaux sont propres à subir une transformation dont le but en alchimie est d'en tirer le soufre. La fusion des métaux est comparable à une mort, le soufre extrait représente sa vertu, c'est-à-dire le noyau ou l'esprit du métal.

En Chine, l'opération de la fonte est assimilée à l'obtention de l'immortalité. C'est là l'origine du symbolisme alchimique : en chinois, le caractère kin - qui figure des fragments de minerais dans la terre - a indifféremment le sens de métal ou d'or.
Toutefois, si l'or est le yang pur, le métal-élément est d'essence yin : il correspond à l'Ouest, à l'automne, à la couleur blanche.
Fondez l'univers et reformez-le, dit un rituel de société secrète. C'est le solve et coagula hermétique, l'influence alternée du Ciel et de la Terre, l'aspect yang et l'aspect yin.
L'alliage est alliance ; c'est que les métaux sont substances vivantes et sexuées, possédant du sang : c'est, dit Nicolas Flamel, l'esprit minéral qui est dans les métaux ; les métaux sont mariés par la fonte ; c'est pourquoi elle ne réussit que par l'apport au creuset du fondeur et de sa femme (yang et yin), ou du moins de leurs substituts (cheveux et rognures d'ongles).

Mercure
Le mercure est un symbole alchimique universel, et généralement celui du principe passif, humide, yin.
Le retour au mercure est alchimiquement la solution, la régression à l’état indifférencié.
De même que la femme est soumise à l’homme, le mercure est le serviteur du soufre.
Le mercure, le chouei-yin, argent liquide, des Chinois, correspond au dragon, aux liqueurs corporelles, le sang et le semen, aux reins, à l’élément Eau.
L’alchimie occidentale l’oppose au soufre, mais l’alchimie chinoise à leur composé : le cinabre.
L’alternance mercure-cinabre, obtenue par calcinations successives, est celle du yin et du yang, de la mort et de la régénérescence.
Selon certaines traditions occidentales, le mercure est la semence féminine et le soufre la semence masculine : leur union souterraine produit les métaux...

mercure+ph​ilosopale

En alchimie, Mercure figure, à travers le métal qui porte son nom, l'un des deux principes de base avec lequel doit travailler l'adepte.
Il est le symbole de la matière indifférenciée, de la materia prima, que l'on doit travailler afin de la sublimer.
A ce titre, il est éminemment passif, d'essence humide, et l'alchimie taoïste le classe comme étant d'essence yin.
Il apparaît dans le motif de la fontaine mercurielle (Le Rosaire des philosophes) d'où il coule sous la forme de trois liquides, dont le lait de la vierge (lac virginis).
Il est aussi le bain mercuriel où tout peut se dissoudre, il est serpens mercurialis (serpent de Mercure), bref, il est chargé de toutes les valeurs de l'eau et de la terre primordiales, et le retour au Mercure indique le processus de "solution" par où l'on revient à l'état de l'indifférenciation à la fois première et finale.
Par ailleurs, Mercure est aussi "l'esprit Mercure", c'est-à-dire ce qui guide l'accomplissement de l'Oeuvre et la mène à bonne fin.
En tant que tel, il est le plus principe spirituel et se range évidemment sous la catégorie d'Hermès : il renvoie alors au thème de la "Nature Parfaite" et de l'Ange.
Dans le Picatrix arabe, et dans le contexte de l'alchimie spirituelle en tant qu'initiation, Hermès déclare ainsi qu'il vit "pendant son sommeil un être dont l'aspect était d'une grande beauté" et qu'il lui demanda : "Qui donc es-tu, toi là ? Il me répondit : Je suis ta Nature Parfaite. Si tu veux me voir, appelle-moi par mon nom."
L'androgynie de Mercure y devient elle-même une androgynie célestielle, et lorsque le même Picatrix s'adresse de la sorte à Hermès : "Tu es si caché que l'on ne connaît pas ta nature, tu es si subtil que tu ne peux être défini par aucune qualification, car avec le masculin tu es masculin, avec le féminin tu es féminin", il faut savoir entendre que de même qu'il existe un Saint-Esprit, il existe aussi ce que certains gnostiques appelaient "Notre-Dame le Saint-Esprit", un esprit féminin qui, si nous le suivons à la trace, nous renverrait à la grande figure de la Sophia et au thème de la "jeune fille céleste", de l'ange au féminin qui est à la fois l'âme incarnée de l'homme sous le nom de Fravarti et son double eschatologique sous celui de Daena dans l'ancienne religion mazdéenne : lorsque le défunt en route vers le paradis traverse le pont Cinvat qui enjambe l'abîme, il aperçoit une forme éblouissante à qui il demande qui elle est, et celle-ci lui répond : "Je suis ta Daena [...] celle que tes pensées, tes paroles, tes actions ont faite. J'étais aimée, tu m'as faite plus aimée, j'étais belle, tu mas faite plus belle encore." (Hadokt Nask).
Sous les auspices de Mercure, l'alchimie se présente ainsi comme un art hiératique, comme une hiérurgie de l'âme en quête de son imago Dei.

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Dans son traité De vita longa, Paracelse affirme que Mélusine est le propre nom de l'aquaster de l'alchimiste (aquaster venant de aqua : l'eau, en latin et d'aster : l'astre, en grec, soit : l'astre aquatique, qui renvoie à l'argent de la lune, et, au-delà, à Mercure androgyne, à la fois aérien et aquatique, solaire et lunaire), cet aquaster étant de fait, à la fois, le principe de la materia prima, donc la "mère originelle", et le mercure philosophal qui est lui-même l'"oeuf de la nature", la mère de "tous les êtres engendrés par la brume ténébreuse" (voir Basile Valentin, Les Douze Clefs de la philosophie).
Autrement dit, dans le cours du Grand Oeuvre comme le conçoit et le décrit Paracelse, "la Mélusine apparaît comme une variante du serpent mercuriel (serpens mercurialis), lequel a parfois été représenté entre autres sous les traits d'une jeune fille à forme de serpent, afin de montrer par cette monstruosité la nature double du Mercure. La délivrance était représentée par les motifs de l'assomption et du couronnement de Marie" (Jung, ibidem.).
Si l'on ajoute que Gerhard Dorn précise pour sa part que Mélusine est une vision qui apparaît à l'esprit (visio in mente apparens), et que l'aquaster ne peut être travaillé que par l'imaginatio, c'est-à-dire une double activité de méditation et d'imagination créatrice, on comprendra que le secret de Mélusine est, d'une certaine façon, le secret symbolique de l'âme du monde (l'âme est, selon Paracelse, dans le même traité De vita longa, qualifiée d'aquaster céleste), que seul peut supporter de voir l'adepte déjà en route.
Découvrir Mélusne au bain comme le fait son mari Raimondin, c'est en effet découvrir le secret de la fontaine mercurielle - d'autant que cette découverte se fait très précisément le samedi, c'est-à-dire le jour de Saturne, le jour gouverné par la figure du vieillard ou du senex qui doit se joindre à l'enfant, au puer, pour permettre à Mercure de devenir Hermès ; c'est aussi le jour du plomb que l'on doit transformer en or.

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Le yang, le soleil, le feu est représenté par une jeune fille, et le yin, la lune, l’eau, est figurée par un jeu-ne homme, s’apparentant à ce que les alchimiste occidentaux appellent le « feu aqueux » et l’ « eau ignée ».
« Le yin qui est dans Li est le feu, écrit ainsi Shang-yang-tseu, et le yang qui est sans Kan est l’eau. »
Ce qui explique que, suivant les textes, et dans une dialectique qui est celle-là même de l’androgyne, on peut trouver l’équivalence générale femme-terre-feu et homme-ciel-eau, selon laquelle le « Ciel recèle le soleil qui est yin » tandis que la lune est yang, alors que, selon l’ordre normal des choses, et non plus selon leur ordre caché, « la lune est le Grand Yin. Elle a originellement une matière et pas de lumière. Elle croît et décroît selon qu’elle reçoit plus ou moins de lumière du soleil ».
A noter d’ailleurs que, dans cette perspective, « à chaque jour sans lune ou de nouvelle lune, le Grand Yin et le Grand Yang s’unissent das un même palais », cependant que l’on doit commencer l’Oeuvre au moment où la lune émerge, afin d’atteindre à la « grotte de la lune » où l’adepte peut espérer participer à « la merveille de la Création qui n’a pas encore commencé ».

Dans notre alchimie, Luna symbolise l’argent, et aussi la « reine », dont le mariage avec le « roi » crée un être androgyne, par les noces de Sol et de Luna, de Rex et de Regina, après qu’ont été effectués l’opus lu-nae (le travail de la lune, c’est-à-dire l’oeuvre au blanc) et l’opus solis (le travail du soleil, l’oeuvre au rouge)...

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Dans l'iconographie alchimique, il est question du lupus metallorum (le "loup des métaux" ) qui dévore l'or pour le "racheter".
Il s'agit là d'un processus de purification de l'or à l'aide de l'antimoine, l'antimoine étant le "loup gris" du laboratoire alchimique.