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Salamander​_from_The_​Story_of_A​lchemy_and​_the_Begin​nings_of_C​hemistry

Esprit mercuriel, la salamandre apparaît aussi dans certaines visions d'alchimistes comme le dragon ailé qui danse dans la cornue, combinant le principe chthonien du serpent et celui, aérien, de l'oiseau : c'est de fait une variante de Mercure lui-même, le vif-argent qui est, pour les alchimistes, l'esprit créateur du monde emprisonné dans la matière.

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Pour les alchimistes, elle est le symbole de la pierre fixée au rouge... ils ont donné son nom à leur soufre incombustible. La salamandre qui se nourrit du feu et le phénix qui renaît de ses cendres sont les deux symboles les plus communs de ce soufre.

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Dans l'alchimie, le rouge forme un système duel avec le blanc, et symbolise le principe fondamental Sulphur. L'oeuvre au rouge, la rubedo, y est le stade ultime de la transmutation de la matière originelle.
Après son état initial de noirceur (nigredo), la matière passe en effet par le blanc (albedo), état de l'argent, de la lune puis de l'aube, avant le lever du soleil où vient la rubedo, qui correspond à l'élévation du feu jusqu'à sa plus haute intensité.
Comme le rappelle Jung, "le rouge et le blanc sont alors roi et reine et peuvent célébrer leurs noces chimiques" (Psychologie et alchimie).
L'oeuvre au rouge qui donne le soufre pur à la pénétrante odeur permet de réaliser enfin l'union du soufre et du mercure dans le creuset d'où doit naître l'or pur - ce que Nicolas Flamel réalisa, dit-on, le 25 avril 1382 à la tour de Saint-Jacques.
De même que chez les Chinois où le cinabre est en réalité du sulfure rouge de mercure, le soufre rouge, symbole de l'homme universel, est fondamental en alchimie arabe.
Au XIVe siècle, Jaldaki de Tyane a conservé un texte d'Apollonios de Tyane, néo-pythagoricien du Ier siècle. Dans le Livre des sept statues apparaît en effet le Grand livre du soleil : "A l'Orient du Temple du Soleil, situé dans un pays paradisiaque, se trouve une haute montagne rouge... Dans ses cavernes prend naissance le soufre rouge de substance absolument pure, tandis qu'à l'Occident du Temple se trouve une précieuse mine de mercure, les métaux du Grand Oeuvre, sont ainsi réunis.Apparaît alors "une statue d'or rouge", qui parle et célèbre l'union des deux métaux : "Lorsque je m'unis à mon épouse blanche et belle..., il n'y a rien au monde qui soit plus parfait que nous en puissance et en magnificence..."
Cette symbolique est associée par ailleurs à celle du sang rouge de la menstruation et à celle du sperme blanc, la réunion de ces deux couleurs symbolisant la création.

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Dans l'iconographie alchimique, la rosée céleste (en latin ros coelestis) est également un symbole de germination au cours du processus qui mène à la pierre philosophale : "Donc notre matière, notre rosée est grasse, vaporeuse et lourde, on peut la trouver aussi au-dessus de la terre... un autre sujet fait de rosée provenant directement d'un minerai végétal céleste et indirectement des animaux et des plantes... il est céleste et terrestre, fluide et solide, blanc et rouge, léger et lourd, doux et amer..." (ABC hermétique de la pierre des philosophes, 1779).
C'est ainsi que l'on désigne la materia prima, la substance primordiale, dans son état de matière aqueuse qui deviendra "tangible" après sa fixation.
Dans le livre alchimique du Mutus Liber (1677), on représente allégoriquement la cueillée de la rosée à l'aide de linges adéquats.

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Les roses rouges et blanches renvoient, dans l'alchimie, à l'existence d'un système duel, composé du rouge et du blanc, et des deux principes originels Sulphur et Mercurius ; une rose qui comporte sept anneaux de pétales représente les sept métaux et leurs correspondances planétaires.
Dans l'hermétisme volontaire qui marque tant de leurs textes, les alchimistes ne se sont jamais vraiment assez expliqués pour que nous puissions comprendre aujourd'hui en quoi la rose blanche renvoyait d'autre part à l'albedo, l'"oeuvre au blanc" qui devait succéder à la nigredo ou "oeuvre au noir" et précéder la rubedo, ou "oeuvre au rouge".
Peut-être y avait-il là, précisément, un renvoi à l'image de la Vierge Marie dont on sait qu'elle imprègne de plus en plus l'alchimie de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, en liaison avec la materia prima et son processus de Salut (passage d'Eva à Ave, par retournement des lettres - Ave désignant Marie à qui l'ange Gabriel s'adresse en commençant par ces mots).
Toujours est-il que plusieurs traités d'alchimie prirent désormais le nom de Rosarium philosophorum : le "Rosaire des philosophes".
La connotation chrétienne, ou plutôt celle d'un hermétisme chrétien, devient ici évidente, et dès lors il ne faut sans doute pas s'étonner si l'association de la croix et de la rose retrouve dans le symbole de la Rose-Croix, alliance d'ésotéristes chrétiens de la Renaissance appelée "le collège des Sages".

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Le riz jouait, symboliquement, un certain rôle dans l'alchimie taoïste où ils se transformait en cinabre, le sulfure rouge de Mercure.