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Terre
La Terre est considérée comme l’origine de toute fécondité et de la richesse qui en découle.
C’est elle qui enfante à la fois les hommes et les moissons - à tel point que le blé, par exemple, est souvent devenu le symbole du jeune dieu associé à la terre, qui naît, pousse, meurt et renaît au rythme des saisons.
Cette fonction générique est d’ailleurs si prégnante dans l’imagination humaine que, dans nombre de cultures, le sillon tracé par le laboureur est l’équivalent de la vulve, s’il n’est même ontologiquement la même chose (par exemple dans les Védas), et qu’un enfant n’est considéré comme véritablement né que lorsque, après être sorti du ventre de sa mère, il a été déposé sur la surface de la Terre - signifiant par là qu’il est à la fois un petit d’homme dans sa condition existentielle (né de sa mère de chair), et le fils de la Mère archétypale qui sera ainsi appelé dans sa vie, à travers une initiation rituelle ou tout simplement endopsychique (individuation), à devenir le puer aeternus qu’il est déjà par essence.
C’est de cette intuition très profonde qu’est née l’alchimie elle-même (tout est l’enfant de la materia prima, et l’adepte ne la travaille que pour devenir lui-même un filius philosophorum), de la même façon que le chaman des Indiens Cherokees tout autant que la mathématicien Jérôme Cardan au XVIème siècle, croient ou affirment tous les deux que la terre est la mère des pierres précieuses, qu’elle mûrit les métaux dans son sein et que c’est elle, dans les processus de croissance qui sont les siens, qui transforme le cristal en diamant - comme l’embryon en foetus puis en bébé prêt à naître...

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Sulphur
(le soufre) et Mercurius (le mercure) désignent deux essences primordiales comprises comme un couple d’opposés et selon lequel toute matière se compose de ces deux éléments : de l’ « igné » et du « volatil », à des degrés de pureté et dans une proportion de mélange différents.
Tant que la fabrication de l’or, au sens littéral du terme, fut considéré comme le but à atteindre, il fallait purifier ces deux essences de base et augmenter leur teneur en mercure volatil.
Paracelse (1493-1541) et Basile Valentin ajoutèrent comme troisième élément « philosophique » le sel qui devait constituer la « palpabilité » : lorsque le bois se consume, la flamme vient du soufre, le mercure s’élève dans la fumée, le sel reste dans la cendre.
Ce concept pseudo-élémentaire rappelle, sur le mode de l’analogie, celui des physiciens atomistes selon lequel la matière se compose en grande partie de protons, d’électrons et de neutrons.
C’est seulement à l’époque moderne qu’il fut abandonné lorsqu’il s’avéra, à la suite des progrès de la chimie scientifique, que l’élément réel qu’est le soufre est absent des métaux vraiment purs...

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On le trouve dans l'iconographie alchimique où il annonce la résurrection et le renaissance de la matière première (materia prima) après l'oeuvre au noir (nigredo) et la putréfaction (putrefactio).

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Le soufre est le principe actif de l’alchimie, celui qui agit sur le mercure inerte et le féconde, ou le tue.
Le soufre correspond au feu comme le mercure à l’eau. Il est le principe générateur masculin dont l’action sur le mercure produit souterrainement les métaux.
Il manifeste la Volonté céleste (ce à quoi la pluie de soufre de Sodome correspond d’ailleurs curieusement) et l’activité de l’Esprit.
Le Soufre rouge de l’ésotérisme musulman désigne l’Homme universel - qui est aussi représenté par un phénix - donc le produit de l’oeuvre au rouge hermétique.

L’action du soufre sur le mercure le tue et, le transmutant, produit le cinabre, qui est une drogue d’immortalité.

Le rapport constant du soufre avec le feu met parfois aussi en connexion avec le symbolisme infernal.
Dans Job, 18, 15, le soufre apparaît comme un symbole de stérilité, à la manière d’un désinfectant.
Il se répand dans la demeure du Roi des frayeurs. C’est l’aspect infernal et destructeur du symbole, son sens positif inversé en sens contraire.

Selon une autre tradition ésotérique, qui rejoint la première, le soufre symbolise le souffle igné et désigne le sperme minéral.

Il est donc également lié au principe actif. Il apporte la lumière ou la couleur.


Selon le symbolisme alchimique des mystiques musulmans, l’âme qui se trouve figée dans une dureté stérile doit être liquéfiée, puis congelée, opérations suivies par la fusion et la cristallisation.

Les forces de l’âme sont comparées aux forces de la nature : chaleur, froid, humidité, sécheresse.
Dans l’âme, les forces correspondantes sont en relation avec deux principes complémentaires, analogues au soufre et au mercure de l’alchimiste.
Dans le Soufisme, le mercure désigne la plasticité de la psyché, et le soufre l’acte spirituel.
Pour Ibn-al’Arabî, le soufre désigne l’action divine (al-Amr) et le mercure la Nature dans son ensemble.

On sait que la couleur de la Pierre philosophale est rouge.

Pour les alchimistes, le soufre était dans les corps ce que le soleil est dans l’univers.
L’or, la lumière, la couleur jaune, interprétés dans le sens infernal de leur symbole, dénotent l’égoïsme orgueilleux qui ne cherche la sagesse qu’en soi, qui devient sa propre divinité, son principe et son but.
C’est ce côté néfaste du symbolisme du soleil et de la couleur jaune que représente le soufre satanique dans la tradition chrétienne : et cela dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament.
Sodome est consumée par une pluie de soufre, et le châtiment promis aux méchants dans le livre de Job utilise la même image : la lumière s’obscurcira sous sa tente... Le soufre est répandu sur sa demeure... il est poussé de la lumière dans les ténèbres (Job, 18).
La flamme jaune enfumée du soufre est pour la Bible cette anti-lumière dévolue à l’orgueil de Lucifer ; la lumière devenue ténèbres : Prends donc garde que la Lumière qui est en toi ne soit ténèbres (Luc, 11, 36).
Il est un symbole de culpabilité et de châtiment ; ce pour quoi on l’employait dans le paganisme pour la purification des coupables, selon G. Portal...

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Pour les alchimistes, le sol niger, le soleil noir, équivaut à la materia prima, la matière première et chaotique où sont enfermées et déchues les dernières étincelles de l'esprit qu'il s'agit de sauver en rédimant la nature.

Aux yeux des alchimistes, le soleil noir est la matière première, non encore travaillée, non encore mise sur la voie d'une évolution.