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Vitriol

Initiales d’une formule célèbre parmi les alchimistes et qui condensait leur doctrine : Visita Interiorem Terrae Rectificando Invenies Operae Lapidem, soit, selon une traduction de Jean Servier, Descends dans les Entrailles de la Terre, en Distillant tu Trouveras la Pierre de l’Oeuvre.
Ces initiales ont formé un mot initiatique, qui exprime la loi d’un processus de transformation, concernant le retour de l’être au noyau le plus intime de la personne humaine... ce qui revient à dire : Descends au plus profond de toi-même et trouve le noyau insécable, sur lequel tu pourras bâtir une autre personnalité, un homme nouveau.
Kurt Seligman donne un texte et une tradition quelque peu différents : Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem, soit : Explore l’Intérieur de la Terre ; en Rectifiant, tu Découvriras la Pierre Cachée.
C’est la synthèse exprimée des opérations alchimiques, aux divers niveaux de transformation considérés, que ce soit celui des métaux ou que ce soit celui de l’être humain.
Dans ce dernier cas, le symbole va évidemment plus profond : il s’agit de se reconstruire soi-même, à partir des divers degrés d’inconscience, d’ignorance et de préjugés, sur l’irréfragable conscience de l’être, par quoi l’homme peut découvrir la présence immanente et transformante de Dieu en lui...
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Le vitriol, qui est à l'heure actuelle un terme générique désignant les sulfates solubles des métaux lourds (tels que le cuivre, le fer et le zinc entre autres), est en revanche, en alchimie, le symbole qui sert à désigner l'union du haut et du bas.
Il est formé à partir des initiales de la phrase latine : Visita interiora terrae, rectificando invenies occultume lapidem, c'est-à-dire : "Explore l'intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée [la pierre philosophale]."
On peut aussi trouver des variantes de cette phrase dans les écrits alchimiques, avec la fin suivante : invenietis occultum lapidem, veram medicinam ("et vous trouverez la pierre cachée, la vraie médecine" ).
Il faut bien entendu comprendre cette phrase dans son sens allégorique, car elle indique un processus de purification à la fois humain et cosmique au cours duquel le bas et l'inférieur doivent s'élever vers les régions de l'esprit.
Dans cette fonction "décapante", le vitriol est aussi appelé le "lion vert" qui intervient généralement après la phase de nigredo, l'oeuvre au noir.
Il est à ce titre l'une des formes de manifestation de la matière mercurielle et se trouve être l'une des clefs fondamentales de la transmutation alchimique.
Considéré de ce fait comme "catholique" au sens originel de ce terme, c'est-à-dire comme universel, on lui donne aussi le nom, comme facteur du but à atteindre, d'"émeraude des Sages".

Vin
L’alchimie se sert de la symbolique du vin. Dès l’Alexandrie tardive, en effet, les alchimistes appellent parfois Hermès le Vendangeur, tandis que leurs successeurs désigneront leur pratique comme celle du « pressage de la vendange » - puisqu’il faut extraire l’élixir de son enveloppe comme on extrait le jus du raison, et qu’à la fin du travail, après la phase de rubedo (l’oeuvre au rouge), cet élixir lui-même, dans sa nature révélée (ce qu’on appellera plus tard « élixir de longue vie » - substitut dans le langage courant de l’immortalité acquise par le filius philosophorum), est d’un rouge profond comme l’est le vin lui-même...

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Dans la symbolique chinoise traditionnelle des couleurs, le vert et le blanc forment un couple d'opposés semble à celui du rouge et du blanc dans l'alchimie occidentale.
Le dragon vert y symbolise en effet le principe yin, du plomb et de l'eau tandis que le tigre blanc symbolise le yang, le mercure et le feu.
Dans l'alchimie européenne, le dragon ou le lion verts symbolisent un dissolvant puissant comme par exemple l'"eau royale" (Aqua regia), et il est désigné par un triangle féminin pointé vers le bas auquel est associé un R.
On dit de lui qu'il "ouvre et ferme les sept sceaux indissolubles des sept esprits métalliques et [qu'il] tourmente les corps jusqu'à ce qu'il les ait entièrement perfectionnés".
Il s'agit en fait du vitriol, considéré aussi comme "le seul corps immonde, mais qui permet de joindre les teintures entre le soleil et la lune".
Ce corps apparaît au début du travail de l'Oeuvre, juste après l'oeuvre au noir, sans qu'il soit toujours cité. On notera à ce propos qu'une grande partie du travail alchimique de Newton a précisément consisté dans "la chasse au lion vert".
En raison du caractère disparate de la symbolique des couleurs, le dragon vert peut cependant représenter le mercure dans certains autres textes, comme c'est parfois le cas en Chine, contrairement à l'usage courant.

tortue

Je te salue, aimable tortue, tu es pour moi d'un si heureux présage. Comment, étant de la race des coquillages, vis-tu sur ces montagnes ? Je te porterai chez moi, et tu m'y seras très nécessaire. Il vaut mieux que je fasse quelque chose de bon de toi, que si tu étais dehors pour nuire à quelqu'un, car tu es par toi-même un poison très dangereux pendant que tu vis et tu deviendras quelque chose de bon après ta mort...

Les philosophes hermétiques voient dans cette adresse à la tortue un résumé de l'oeuvre alchimique : la tortue est un des grands poisons avant sa préparation et le plus excellent remède après qu'elle ait été préparée, dit Morien. Avec elle Mercure se procure des richesses infinies, telles que sont celles que donne la pierre philosophale.

Certains courants de l'alchimie ont repris les péripéties de l'histoire comme autant de représentations des différentes étapes de leur travail.
C'est cette correspondance que suggère par exemple le bas-relief de l'hôtel Lallemant à Bourges tel qu'est est décrit par Fulcanelli, et où la Toison d'or apparaît suspendue dans un bois de chênes, gardée par le dragon.
Fulcanelli explique que "ce chêne donne le kermès, que la gaye science rapporte à Hermès", lequel est, rappelons-le, l'auteur de la Toison du Bélier, - de ce Bélier qui est aussi le signe astronomique qui correspond au soufre, minéral fondamental du composé de l'Oeuvre.
Ce kermès a la propriété de teindre en rouge, la couleur qui gouverne le stade ultime de l'Oeuvre ("oeuvre au rouge" ou rubedo).
De la même façon, Médée donne à Jason un flacon de liqueur de crocus caucasien, dont il s'enduit le corps pour se protéger du feu que jettent les naseaux des taureaux qu'il doit mettre au labour avant d'affronter le dragon.
"Grâce au kermès, le vieux chêne hermétique sert de mère au mercure secret de l'Oeuvre." Dès lors, le mariage de Jason avec Médée devient un symbole des Noces alchimiques, de l'union du Roi et de la Reine, de l'Or du Soleil et de l'Argent de la Lune d'Hécate dont Médée était la prêtresse.
On saisit alors toute la portée symbolique qui est conférée au voyage de Jason, à la fois descente dans les profondeurs de la matière, apprentissage de la Connaissance et conquête de l'unité substantielle de l'Être selon les modèles inlassablement repris par les hermétistes.