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ENVOÛTEMENTS POSTHUMES

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Dès la plus haute Antiquité, certains sorciers ont pensé que l'on pouvait envoûter les défunts, non pour connaître l'avenir, mais pour accroître leurs souffrances dans l'au-delà.
Le magicien du Moyen Empire, écrit Lexa, "enterre la statuette au cimetière, et l'oraison funèbre qu'il dit sur elle n'est que demande adressée à Osiris de ne point épargner son ennemi. Puis il s'attend à ce que son ennemi se trouve bientôt là où est sa statuette et que ce dernier devienne la proie de la colère du dieu irrité" (la Magie dans l'Egypte antique, tome I, p. 105).
L'acharnement mis par les jésuites à s'emparer du coeur du roi Henri IV juste après son assassinat, et de le transporter dès le petit matin vers leur Maison de La Flèche, semble relever d'un contexte analogue.
"Un sentiment identique à celui des anthropophages qui estiment s'assimiler les qualités du combattant vaincu dont ils mangent le coeur, dont la boîte crânienne sert de coupe à leurs repas, a guidé évidemment la compagnie des pères jésuites quand ils s'assurèrent du concours de l'ancien cuisinier et secrétaire de Henri IV, La Varanne, pour décider Henri IV à disposer en sa faveur de son coeur une fois mort", constate Henri Pensa dans Sorcellerie et religion (Paris, 1933, pp. 41-42).
Et il ajoute que "si on fut sorti ce jour de Paris (le 15 mai 1610), deux heures plus tard, jamais les jésuites ne fussent venus à bout d'emporter le coeur du roi sans quelque tumulte et émotion, parce que les habitants de Paris avaient, eux aussi, ce même sentiment de sorcellerie et que laisser les jésuites emporter le coeur du roi, c'était les laisser ajouter à leurs ruses, déjà grandes, une autorité nouvelle puisée dans l'influence mystérieuse attachée à cette fraction du corps royal."
Peu de temps après - en 1619 -, trois femmes surprises à faire un sort dans le cimetière Saint-Sulpice, avec un coeur de mouton lardé de clous en forme de demi-croix, des épingles et une côte d'homme, furent condamnées "la plus coupable à être fouettée publiquement, les deux autres à assister à l'exécution de la sentence".
Dans son numéro daté du 6 juillet 1903, le journal l'Eclair, de Rouen, publiait cet article : "Il vient de se passer un fait singulier qui nous reporte aux pratiques de sorcellerie du Moyen Âge : on a envoûté une morte. Le 2 décembre dernier, une dame X... âgée de trente-quatre ans, était inhumée au cimetière de Rouen. La fosse d'abord ne reçut qu'une croix. Le 20 mai dernier, le mari de la défunte se rendait sur la tombe pour prendre les mesures d'un petit monument édifié depuis. Il fut frappé par l'odeur désagréable que la terre exhalait. Il la remua avec une baguette et en ramena bientôt un coeur en complète putréfaction. Très ému, il appela le conservateur du cimetière ; son émotion s'accrut encore lorsqu'il aperçut que le coeur était percé par des clous et plus de cent épingles : on était en présence d'une manoeuvre d'envoûtement parfaitement classique..."
Contrairement à que prétendait ce journal, ce "fait singulier" est des plus banals et pour qui se donne la peine de bien regarder, nos cimetières abondent encore en dagydes et autres figurines d'envoûtement.