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ENVOÛTEMENTS

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Vieux comme le monde - ne retrouve-t-on pas sa trace sculptée ou peinte dans de nombreux sanctuaires préhistoriques ? -, l'envoûtement consiste, le plus souvent, à piquer avec des aiguilles ou à faire fondre, au voisinage d'une source de chaleur, l'effigie aussi ressemblante que possible de la personne que l'on désire "charmer" pour la haine ou pour l'amour.
A la cire ainsi employée doivent être mêlés des débris corporels tels que poils pubiens ou axillaires, cheveux, rognures d'ongles, ou gouttes de sang menstruel.
Au XVIème siècle, époque où l'envoûtement connut une vogue et une extension considérables, on ajoutait à ces procédés matériel la connotation magique d'un formulaire emprunté aux grimoires des sorciers.
On faisait également "passer" le corps subsidiaire (statuette de cire, volt, dagyde ou marmouset) sous le calice, durant la messe, ou au voisinage des morts, au sein de quelque tombeau.
Dans Histoires, disputes et discours... (livre I, ch. XI), Jean Wier décrit comme suit les procédés à suivre en matière d'envoûtement pour la haine :
"Quelques-uns pensent faire tort à autrui en faisant une image au nom de celui qu'ils veulent blesser ; ils la font de cire vierge ou neuve, et lui mettent le coeur d'une hirondelle sous l'aisselle droite et le foie sous la gauche. Item ils pendent l'effigie à leur cou avec un fil tout neuf, laquelle ils piquent en quelque membre avec une aiguille neuve, en disant quelques mots que j'ai laissés exprès, de crainte que les curieux n'en abusassent. Cette image est quelquefois faite d'airain, et pour plus de difformité ils lui retournent les membres, comme lui faisant un pied au lieu d'une main, et une main au lieu d'un pied, et lui tournant la face de devant derrière. Pour faire un plus grand mal, ils font une image en forme d'homme et lui écrivent un certain nom dessus la tête ; et aux côtés mettent ceci : Alif, Lafeil Zaharit mel meltat levatam leutace ; puis ils l'enferment dans un sépulcre..."
La photographie ouvre aujourd'hui de très larges perspectives aux envoûteurs, dont la magie repose sur l'analogie, la loi de sympathie et les rapports de causalité.
"Si on peint sur un mur une image à la ressemblance d'un homme, il est certain que tous les coups portés à cette image seront reçus par son modèle. L'esprit du modèle passe dans cette figure peinte... L'homme désigné subira donc ce qui vous agréera de lui infliger parce que votre esprit a fixé à ce mur l'esprit de cet homme" (Paracelse, Ente spiritum, ch. IX).
Afin que l'envoûtement d'amour ou de haine réussisse pleinement, il convient que celui ou que celle qui s'y livre exerce déjà un ascendant sur sa victime ; ascendant émanant d'une volonté de puissance, d'un magnétisme personnel ou de ce qu'on désigne sous le nom de sex-appeal.
Pour cultiver cette indispensable volonté, l'envoûteur commencera par suivre un entraînement physico-psychique exigeant :
- le respect d'un horaire régulier d'isolement mental ;
- la détermination d'un lieu d'exercice (forêt profonde, souterrain, crypte, oratoire, alignements druidiques) ;
- le port d'un vêtement de laine blanche et isolante ;
- des postures de relaxation dans un fauteuil confortable ou sur une peau de bête fauve ;
- des exercices de respiration lente, rythmée et consciente ;
- un développement particulier des facultés imaginatives tendant à "visualiser" celui ou celle qu'il désire captiver ;
- un contrôle efficace du risque de trop grandes dépenses d'énergie sexuelle.
A partir de là, il pourra fabriquer le volt (du latin : vultus, regard) en cire, bois ou terre glaise, en y incorporant - dans la mesure du possible - poils, ongles, cheveux ou sang du futur envoûté.
Ensuite, s'étant pour sa part complètement épilé, ayant orné son cou d'un collier de jais, son bras d'un bracelet de plomb et son doigt d'une hématite, il tracera trois cercles pour y évoquer les Démons.
Agenouillé sur le sol, il récitera les prières du grimoire en prenant soin d'entretenir la fumée d'uns cassolette remplie de poudre d'encens, et pourra enfin martyriser la statuette de cire en lui arrachant les membres, en lui crevant les yeux ou en lui perçant les oreilles avec un poinçon fait d'os ou d'ivoire.
La victime en deviendra paralysée, aveugle ou sourde...
Il arrive cependant que la personne que l'on cherche à séduire ou à supprimer ait écho de la chose, et réagisse violemment en sollicitant les bons offices d'un sorcier plus fort ou plus habile que l'envoûteur.
On parle dans ce cas-là d'un "choc en retour", agissant à l'instar d'un boomerang : "Vous invoquez les élémentals, vous appâtez des larves, vous leur commandez de porter à votre ennemi quelque savant poison : l'ennemi, prévenu par une voyante, ou expert en sciences occultes, se défend, repousse le messager. Celui-ci tient bon la charge, et prétend l'employer, et l'employer soit contre l'expéditeur soit contre le destinataire. Le destinataire refuse la charge, la charge retombe sur vous. Le choc en retour !" (René Schwaeblé, le Problème du Mal, Paris, 1904).
De là la nécessité pour l'envoûteur, vraiment spécialisé, d'agir dans un le plus grand secret, et ne jamais négliger de pratiquer un rituel triangulaire consistant à prévoir, en dehors de la victime désignée, un animal ou un objet (récipient rempli d'eau, boule de cire, plaque de gélatine) apte à recevoir, en retour, le fluide émit par un contre-envoûteur.
Il existe enfin toute une série de précautions faciles à prendre en cas de menace d'envoûtement, que l'on peut énumérer comme suit :
- acheter une bouteille d'eau de Lourdes, ou se procurer un flacon d'eau bénite ;
- placer dans sa chambre un récipient contenant du vinaigre, propre à attirer les farfadets et à les faire se noyer ;
- disposer aux quatre coins des pièces d'habitation des morceaux de charbon de bois, censés absorber les projections fluidiques ;
- à défaut de poignards ou d'épées, répandre un peu partout des pointes, des clous, des aiguilles à tricoter qui agissent à l'instar de protecteurs contre la foudre ;
- porter autour du cou, outre les médailles de Saint-Michel et de Saint-Benoît, des pierres du mois, mains de Fatma, dents de lion et poils d'éléphant ;
- recourir à de fréquentes fumigations à base d'encens, benjoin, santal, myrrhe et aloès...
En cas d'échec, ou en cas d'urgence, ne pas hésiter à transformer sa couche en une nasse ou un piège à rats : "Le lit où l'on dort peut être entouré d'une sorte de ceinture métallique, des fils électriques, par exemple, enroulés autour de lui ; cette ceinture communiquera avec un fil électrique, avec un baquet d'eau ou avec le sol dans les mêmes conditions qu'un fil de terre d'un paratonnerre. Cela forme une cage de Faraday et isole la personne couchée dans le lit" (Sabazius).
On ne saurait cependant que proscrire un tel recours aux bricoleurs peu doués...