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Ces documents sont des documents officiels de Konami que j'ai traduits de l'anglais et remis en page presque à l'identique. Ma fanfiction Silent Hill : Return to Paradise est presque intégralement basée sur ces documents, et il est donc conseillé de lire ma fanfiction avant de lire ces documents, afin de ne pas gâcher le plaisir. Il y a un recto et un verso.

Relatif au chapitre 01121 :

01121-1



01121-2

Ma fanfiction en version reliée à la main.
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Chapitre 11121#2 - (Walter Sullivan)
DIALUSIS

"Si un sacrifice est une tristesse pour vous, non une joie, ne le faites pas, vous n’en êtes pas digne..."

 
21 février 1994... Commissariat de Pleasant River, zone de détention… 20H00...

  La femme policier poussait devant elle un  chariot sur lequel il y avait des plateaux repas. Il n'y avait que  quelques prévenus dans les cellules du commissariat, mais il fallait  bien les nourrir. C'étaient pour la plupart de petits délinquants, ou  des saoûlards en train de cuver. Et puis, il y avait l'autre aussi... le  tueur en série qu'on avait arrêté ce matin. Elle l'avait aperçu un peu  plus tôt, par l'oeilleton de sa cellule ; il était drogué et restait  prostré sur sa chaise roulante sans bouger. Elle avait presque de la  pitié pour lui, mais en repensant aux victimes, surtout les deux petits  enfants, ce sentiment s'effaça vite. Elle avait entendu dire qu'il était  fou... Tout de même, cela n'excusait rien... Elle ouvrit la porte de la cellule de Walter  Sullivan et tira le chariot à l'intérieur. Allons bon, celui-ci n'allait  pas pouvoir se débrouiller tout seul. Après tout, elle avait une petite  formation d'infirmière et elle en avait vu d'autres... Le garçon était  tellement atteint par la drogue qu'il n'était même pas utile de le  surveiller... Elle dû le faire manger elle-même ;  l'expression figée du jeune criminel ne laissait rien présager du combat  intérieur qui se jouait en lui en ce moment même. Un conflit qui  dépassait l'imagination, et dont l'issue pouvait décider du sort de  certaines personnes... Se rendait-il compte des efforts que la femme  faisait pour qu'il ne meure pas de faim ? Sûrement pas... Le peu qui lui  restait de volonté était tendue vers un unique but, un seul objectif... Le duel mental se termina. La femme sortit de  la cellule avec le chariot et les plateaux repas vides. Mais elle ne se  rendit pas compte, tellement persuadée de l'impuissance du prisonnier,  qu'il manquait sur un plateau une cuillère à soupe en métal... Fatal  oubli... et que sur le visage de Walter Sullivan, un sourire était  apparu...

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21 février 1994... Silent Hill, Carroll Street… 22H11...

       Aidan ouvrit les yeux, presque avec crainte.  La sensation de quelque chose d'humide l'avait réveillé. Une pluie fine  tombait sur lui. Il était affalé sur des marches devant un bâtiment  délabré. Il tenta de faire le point : Silent Hill... Carroll Street... hôpital... Walter Sullivan... le Dieu Jaune... Mon Dieu !  Il ne se souvenait pas de tout dans le détail, mais il lui revenait  assez clairement en mémoire la sensation d'une main tâtonnante agrippant  sa nuque... Puis plus rien...        
Il se redressa difficilement, et tenta  vainement de pénétrer de nouveau dans le bâtiment : en vain. Comment  avait-il atterri ici ? Que s'était-il passé dans l'hôpital ? Avait-il  réellement vu Walter Sullivan ? Avait-il réellement vécu toutes ces  choses ignobles que sa raison refusait d'admettre ? Il regarda sa montre  : 22H15... Bon Dieu, combien de temps s'était-il écoulé ?  Avait-il passé tout ce temps dans ce monde étrange et terrifiant ou  étendu là sous la pluie ?        
Il se détourna du bâtiment et chercha sa  voiture dans la brume qui se levait. Il eut la surprise de découvrir à  côté de son véhicule une femme, plutôt jeune mais habillée de façon  austère, aux cheveux blonds sales. Elle semblait l'attendre, les bras  croisés et le regard sévère.

- "Vous avez trouvé ce que vous étiez venu chercher ?" lui demanda-t-elle sans préambule. Son ton était froid et étrangement atone.

- "Qui êtes-vous ?" interrogea Bearchan encore secoué par ce qu'il venait de vivre.

- "Quelle importance ? Je sais qui vous êtes et ce que vous avez vu là-dedans..."

Aidan se rapprocha d'elle mais elle s'écarta de lui, pas par peur mais plutôt par dégoût.

- "Son petit paradis vous a-t-il plu ? Ce gamin ne sait que penser à sa mère, c'est désolant...", soupira-t-elle, écoeurée.

- "Vous parlez de Sullivan ? Vous savez ce qui se passe là-dedans ? Qu'est-ce que c'est au juste ?" demanda Aidan en tentant de calmer les battements de son coeur.

- "Ce n'est que le début. Il pourrait bien  réussir, cet idiot... Son but, notre but à tous, est de ramener Dieu sur  cette terre, quel que soit le moyen..."

Aidan commençait à comprendre ce qui se passait dans cette ville.

- "Il doit tuer des gens pour accomplir un rituel, c'est ça ?"

- "Oui ! Pas des gens, des pécheurs ! Mais  cet imbécile fait ça surtout pour retrouver sa mère, le pauvre chéri...  Il n'a pas compris que c'était le cadet des soucis de l'Ordre...", se moqua la jeune femme, sans joie.

- "Des pécheurs ? Et les enfants ? Ils étaient des pécheurs eux aussi ?" s'insurgea Aidan. "Vous êtes tous cinglés !!"

Elle ne sembla pas réagir à l'insulte.

- "Ceux qui habitaient cette terre avant la considérait comme sacrée", raconta-t-elle. "Elle  était vénérée et utilisée pour de nombreux rites avant que les colons  ne s'y installent. Les indiens Pawnees l'appelaient le "Refuge des âmes  muettes" ; mais aujourd'hui, les âmes se sont réveillées et elles  parlent : elles parlent de la naissance et du retour de Dieu... Les  pécheurs doivent mourir afin qu'Elle puisse revenir dans un monde pur de  toute corruption ; alors seulement, Elle nous rendra le Paradis..."

La femme commençait à s'éloigner.

- "Vous n'avez encore rien vu. Son pouvoir  est immense, bien que cela me coûte de l'admettre. Le rituel n'est pas  terminé. Il va venir finir le travail. Il a pris le dessus..."

- "Qui ? Walter est en prison !"

- "On lui donne de nombreux noms : Valtiel,  Lobsel Vith, le Dieu Jaune, le Surveillant, le Bourreau... et il se  fiche pas mal de vos entraves mortelles..."

D'une voix monocorde, elle récita ces mots, tout en s'éloignant :

"Le Deuxième Signe
        Et Dieu a dit,
        Donne le Sang des dix Pécheurs et l'Huile Blanche en offrande.
        Tu seras libéré du carcan de ton enveloppe terrestre et jouira  du Pouvoir des Cieux. De la Nuit et du Néant, fais rejaillir les  Ténèbres et ceins-toi de Désespoir au nom de l'Elu."

       La femme disparut dans la brume. Pourquoi lui avait-elle dit tout cela ? Parce que tu as vu son monde... C'est un privilège...  Ces mots avaient résonné dans sa tête. Les battements de son coeur  s'accélérèrent à nouveau : quelque chose approchait, quelque chose que  rien ne pouvait arrêter... Si, il fallait qu'il le tente. Il prit son  portable et composa le numéro de Casey : des parasites crachotèrent.  Impossible de prévenir le commissariat de ce qu'il craignait. Il fallait  qu'il rentre le plus vite possible, afin d'empêcher ce qu'il  subodorait...

Il claqua la portière de sa voiture et démarra en trombe.
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21 février 1994... Commissariat de Pleasant River… 22H52...

       Le téléphone de Casey sonna. Il le sortit de  sa poche de poitrine et "décrocha". Il n'entendit que des crachotements  et des parasites. Sûrement un gamin qui faisait une blague. Il  "raccrocha" ; il avait encore pas mal de choses à régler...
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Il tendit tous ses muscles dans l'espoir de parvenir  à se lever ; les drogues agissaient encore et l'effort était  quasi-surhumain. S'arcboutant des mains sur les accoudoirs de sa chaise,  il souleva encore une fois son corps ankilosé. Il parvint à se détacher  de la chaise roulante et tomba comme une masse sur le lit. Il resta  quelques instants dans cette position, reprenant son souffle. Ils  avaient été bien stupides de penser que leurs petits tours de magie  chimique suffiraient à l'arrêter. Le rituel devait continuer et il  devait se préparer pour la prochaine étape. L'heure tournait...        
Avec lenteur, il fit glisser de sa manche la  cuillère qu'il avait subtilisé sur le plateau repas. Cette idiote  n'avait rien vu du tout. Une chance pour lui. La chance ? Non, c'était  Dieu qui le guidait...
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21 février 1994... Quelque part entre Silent Hill et Pleasant River… 23H03...

       Aidan Bearchan mit en marche les essuie-glaces  car la pluie avait redoublé. Après ce qu'il avait vécu, il n'était pas  loin de penser que ce temps n'était pas naturel. Comme si les  éléments eux-mêmes avaient décidé de l'empêcher d'avancer. Il ne  distinguait que partiellement la ligne blanche, mais il fit tout son  possible pour ne pas perdre de vue ce fil d'Ariane.        
Il lui semblait distinguer dans le brouillard humide comme des formes étranges qui se tortillaient...

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21 février 1994... Commissariat de Pleasant River… 23H13...

Il se mit à la tâche quand il sentit que les  effets de la drogue se dissipaient. Il se sentait toujours un peu  somnolent. Se mettant à genoux sur le sol de la cellule, il prit la  cuillère bien en main et commença à tracer sur le sol de la pièce des  symboles compliqués, mais qui lui étaient familiers, à lui : ils  dispensaient une lumière, une force, une vigueur nouvelles à ses membres  tremblants ; plus ils les traçaient, plus sa puissance lui revenait.  Ils n'étaient qu'à peine visibles sur le revêtement de la cellule, mais  lui les voyait parfaitement, avec les yeux de son esprit. C'étaient des  symboles très anciens, pleins de pouvoir et de sagesse, que bien  d'autres avaient tracés avant lui... Ils étaient pleins d'une  signification secrète, d'une promesse vénérée... Tout cela se  communiquait à lui, et il n'avait plus peur... Il n'aurait plus jamais  peur... Toutes les émotions, les sensations, les troubles, les  insuffisances de l'homme n'étaient déjà plus siens...

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Le policier de garde posa sa lime à ongle et admira sa manucure à la  lumière d'une lampe. Il ne restait plus que lui, Casey et un autre  collègue à quelques mètres de lui dans le commissariat.

Pendant une minute, il eu l'idée d'aller voir Walter Sullivan, juste  par précaution ; mais il savait que le type était sous sédatif et  reluquer un mec immobile qui ne représentait pas la moindre menace ne  lui sembla pas si exaltant... Il pouvait bien attendre jusqu'à demain  matin.

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21 février 1994... Quelque part entre Silent Hill et Pleasant River… 23H24...

Il venait de dépasser un panneau, mais il ne  vit pas ce qu'il y était écrit. En fait, il ne savait pas trop où il se  trouvait ni depuis combien de temps il roulait. La pluie brouillait tout  devant lui et battait les vitres au point de les faire exploser. Mais  quelque chose lui disait qu'il était sur le bon chemin ; il voyait  toujours la ligne blanche, il n'avait donc pas quitté la route.  Il se mit à penser à Walter Sullivan, qu'il avait abandonné en arrière dans ce monde infernal... Non, il est devant, mon vieux. Ne flanche pas, pas maintenant...

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21 février 1994... Commissariat de Pleasant River… 23H35...

Casey se demanda tout à coup où pouvait bien  se trouver Aidan. Il était parti toute la journée à Silent Hill, il  avait bien dû trouver quelque chose d'intéressant. Il prit son téléphone  et composa son numéro. Il entendait la tonalité mais personne ne  répondit. Peut-être était-il dans un endroit qui captait mal les toutes  nouvelles lignes de téléphone portables... De toute façon, tout foutait  le camp à Silent Hill...

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21 février 1994... Quelque part dans une église de Silent Hill… 23H46...

Il avait rassemblé quelque fidèles ce soir,  sacré entre tous. Toby Archbolt avait eu fort à faire après la mort de  Jimmy Stone ; il avait dû reprendre le culte de Valtiel en main. Cette  nuit était une grande nuit et l'heure était proche. Il demanda aux  fidèles rassemblés de se lever et de scander en coeur :

"Le Deuxième Signe

Et Dieu a dit,

Donne le Sang des dix Pécheurs et l'Huile Blanche en offrande.

Tu seras libéré du carcan de ton enveloppe terrestre et jouira  du Pouvoir des Cieux. De la Nuit et du Néant, fais rejaillir les  Ténèbres et ceins toi de Désespoir au nom de l'Elu.
"

 La foi de tous ces gens était palpable. Ils  chantaient en levant les mains au ciel ou en les joignant, chacun ici  était conscient que quelque chose d'extraordinaire était en train de se  passer sans savoir quoi exactement. Toby lui-même l'ignorait : il savait  seulement que cela se passait et qu'ils devaient prier, aider,  soutenir... Il lui semblait que l'église était toute entière baignée  d'une lumière rouge...

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21 février 1994... Commissariat de Pleasant River… 23H55...

Il avait terminé. Le Nimbe Solaire était  achevé dans son intégralité. Les genoux douloureux d'être resté si  longtemps dans cette position, il se leva lentement, avec précaution. Sa  vision se brouilla un peu, mais il se retint au mur. Passant sa main  sur son visage, il attendit quelques secondes...Il venait... Il Le sentait...  Comme une sensation glacée, puis chaude, là, au creux de sa poitrine  qui irradia ensuite son corps tout entier... Une sensation si  familière... Il n'avait plus besoin des pilules que l'Ordre lui avait  donné en lui disant que cela faciliterait ses transes... Il Le sentait  partout, et surtout, il La sentait Elle, sa Mère... Sa libération  n'était déjà plus si éloignée... Elle le prendrait dans Ses bras et plus  rien n'aurait d'importance... Lentement, comme s'il répétait des gestes  rituels, il se déshabilla ; nu comme comme au premier jour de sa  naissance, grelottant un peu, il se laissa presque tomber au sol et  embrassa avec ferveur le Nimbe Solaire, puis il saisit la cuillère  ébréchée et, la brandissant comme un objet sacré, il murmura :

- "Telle une fleur dans un sous-sol attendant une mort solitaire, ma résistance est inébranlable..."

 Il sourit au vide devant lui et amorça le geste fatal...

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21 février 1994... Pleasant River… 00H00...

Il avait réussi. Bizarrement, la pluie avait  cessé peu avant qu'il n'entre dans la ville. Il y avait peu de voitures à  cette heure-ci et il accéléra un peu. Un sombre pressentiment le pris.  Il regarda l'horloge digitale sur la tableau de bord : OOHOO. L'heure du crime. Quelque chose lui dit qu'il était trop tard... Trop tard pour quoi ? Il ne savait pas lui-même... Il arrivait devant le commissariat. Des  lumières y étaient encore allumées. Casey devait être de garde. Il se  gara un peu de travers, mais ne pris pas la peine de corriger sa  position : il sortit en courant de sa voiture, gravit les quelques  marches du perron en quatrième vitesse et poussa la porte. Casey vint  immédiatement à sa rencontre.

- "Tu ne réponds jamais au téléphone ou quoi ?!" hurla Bearchan.

- "Tu as appelé ? Quand ?"

- "On s'en fout ! Et Sullivan ?" demanda Bearchan en se dirigea vers la zone des cellules.

- "Toujours dans sa cellule, rien à signaler..." répondit Casey un peu déboussolé.

- "Tu es sûr ?" Bearchan s'était remis à courir, avec le secret espoir que rien de fâcheux ne s'était produit.

- "Attends un peu ! Tu as trouvé quoi à Silent Hill ?" cria Casey en tentant de suivre son rythme.

 Ils passèrent devant les deux policiers de garde.

- "Tout va bien ? Pas d'incident ? Vous êtes allé surveiller Walter Sullivan récemment ?" demanda Bearchan d'un ton cassant.

- "C'est qu'un légume, alors bon..." répondit le policier, nonchalant.

 Le coeur de Bearchan fit un nouveau bond. Il  sentit une colère fulgurante le traverser, tournée vers ce type  incompétent. Il se précipita vers la cellule de Walter Sullivan, fit  coulisser l'oeilleton de la porte. Au bord de la syncope, il  déverrouilla la cellule.

- "Bon dieu !! Mais pourquoi on vous paie ?!!" hurla-t-il de nouveau.

 Il traversa la cellule et se jeta à terre.  Casey le suivit et il eut un instant d'arrêt bien compréhensible à la  vue du spectacle qui s'offrait à ses yeux. Walter Sullivan était allongé à terre, nu, la  tête baignant dans une mare de sang ; un curieux symbole était gravé  sous sa tête, là où le sang avait coulé ; ce qui ressemblait au manche  d'une cuillère dépassait de son cou ; il était dans une position  foetale, une main devant son visage, que ses cheveux cachaient. Aidan  Bearchan avait pris cette main dans la sienne et semblait murmurer tout  bas des choses que Casey n'entendit pas. La main sembla se resserrer  autour de celle du vieux commissaire. Casey sortit de sa stupeur :

- "Qu'est-ce que vous attendez !! Appelez une ambulance !" ordonna-t-il au flic derrière lui.

 Casey s'approcha un peu, mais il eut l'impression que sa présence était indécente.  Bearchan avait écarté les cheveux poisseux de sang du visage de  Sullivan et Casey vit distinctement la raison d'une telle hémorragie :  une cuillère à soupe était enfoncée profondément dans la carotide de  Sullivan, et le sang continuait de se répandre. On ne pouvait pas faire  grand chose : si on essayait de retirer la cuillère, cela tuerai  Sullivan sur le coup. Il vit aussi, gravé profondément sur les pieds du  mourant, des chiffres : 11 et 21. Mais comment avait-il réussi à faire ça malgré la dose de cheval qu'il avait reçu ? Et sans que personne ne s'en aperçoive ? Les yeux du jeune homme étaient vitreux, et  Bearchan se mit à regarder tout autour de lui dans la pièce, comme s'il  cherchait quelque chose. Casey l'entendit vaguement murmurer : "Je sais que tu es là, salaud..." Mais il n'y avait personne dans la pièce. Bearchan devenait-il fou à son tour ? La main de Sullivan se serra convulsivement  une dernière fois. La sirène d'une ambulance se fit entendre à  l'extérieur, mais Casey savait que c'était trop tard : Sullivan avait  perdu trop de sang... Bearchan poussa comme un espèce de petit  gémissement que son jeune confrère n'aurait jamais imaginé l'entendre  produire un jour. Il lâcha la main du jeune criminel mort et lui ferma  les yeux. Avant de se détourner, il prononça, de façon intelligible  cette fois :

- "Bon anniversaire, Walter... et bon voyage..."

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Extrait du journal local de Pleasant River

La police vient d'annoncer que Walter  Sullivan, arrêté le 20 de ce mois-ci suite à l'assassinat de Billy  Locaine et de sa sœur Miriam, s'est suicidé dans sa cellule le matin du  22.
  Selon la police, Sullivan aurait mis fin à ses jours en se sectionnant  la carotide avec une cuillère à soupe. Quand le gardien est arrivé,  Sullivan avait déjà perdu trop de sang, la cuillère plantée à une  profondeur de quatre centimètres dans le cou.
  Un vieux copain de l'école de Pleasant River a déclaré "A le  voir, on l'aurait jamais cru capable de tuer des mômes. Et pourtant,  juste avant son arrestation, il baragouinait un tas de trucs bizarres  dans le genre "il essaye de me tuer, de me punir. Le monstre...le diable  rouge. Pardonnez-moi, je suis coupable mais c'était pas moi !"."

Son vieux copain a ajouté "A bien réfléchir, il devait être un peu zinzin."
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25 février 1994... Appartement d'Aidan Bearchan, Pleasant River... 10H17...

C'était fini... Après l'enterrement, dans un  petit cimetière de Silent Hill, il avait donné sa démission. Errol Casey  était maintenant de plein droit le commissaire de police de Pleasant  River. Bearchan était bien décidé à laisser tout cela derrière lui, à  quitter carrément la ville. Il irait peut-être à Portland... Il cessa de fourrer ses affaires dans sa  valise deux minutes ; il ne put s'empêcher de repenser à ce que Walter  lui avait dit juste avant de mourir : "Merci..." Il serra les  paupières : il avait échoué à le sauver... de cette secte abominable, de  ces préceptes ridicules... de lui-même... De plus, les proches des  victimes ne sauraient jamais ce qui s'était passé puisqu'il était mort  avant d'avoir été jugé... Tant de questions sans réponse...  Mais c'était terminé : Walter ne souffrirait  plus là où il était. Peut-être était-il en ce moment même dans les bras  de sa chère maman, cajolé et bercé comme un enfant heureux... Mais, il  ne savait pourquoi, Aidan n'y croyait pas : comment un esprit capable de  tels prodiges, comme ceux qu'il avait constaté, pouvait-il trouver le  repos ? Non, il est tranquille maintenant, ne l'importune pas avec tes idées noires... Il ferma sa valise et se prépara à quitter  l'appartement ; une agence de déménagement viendrait prendre le reste.  Il ne voulait rien laisser dans cet endroit... mais une partie de lui y  resterait quand même... Jamais il ne pourrait oublier Walter Sullivan...  et la vision de cauchemar qui avait été la sienne le poursuivrait  jusqu'à la mort... Il avait peur de s'endormir à présent, certain que  quelque chose rôdait autour de lui dès qu'il avait les yeux fermés... Cette chose  qu'il avait sentie en entrant dans la cellule... Au moment où il  s'était jeté sur le corps de Sullivan, il avait entendu un bruit  étrange, comme quelqu'un qui s'éloignait, qui se rencognait, qui se  cachait... Des bruits de reptation derrière les murs... des créatures  aux yeux blancs et exorbitées se tortillant dans le noir... du sang  coulant sur un drap blanc... des cris torturés venant de nulle part...  Telles seraient ses nuits dorénavant... hantées... par le souvenir d'un  dieu ancien qui ne pouvait pas mourir...

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Extrait d'un article du magazine "Concord"

Désespoir pédagogique : "Wish House"
 "Wish House" est un orphelinat situé sur la périphérie de Silent Hill.  Mais sa fausse image cache un lieu où les enfants sont kidnappés et  endoctrinés.
 Wish House est sous la gestion de la "Silent Hill Smile Support  Society", œuvre caritative aussi appelée "4S." Certes, 4S est une œuvre  respectée qui "accueille les enfants sans foyer et les élève dans  l'espoir." Mais elle abrite en son sein un organisme barbare qui  enseigne son propre dogme tordu au lieu de bonnes valeurs religieuses.
 M. Smith (temp), qui habite près de "Wish House" a accepté de témoigner : "
Parfois,  la nuit, j'entends des prières bizarres et des pleurs [d'enfants]. Je  suis allé me plaindre une fois, mais on m'a mis dehors sans cérémonie.  Depuis, ça continue comme avant."
 En fait, ce reporter s'est vu refuser l'autorisation de prendre des  photos dans l'établissement. Mais que peuvent bien cacher les  responsables de "Wish House" ?
 Pendant mon enquête, j'ai pu découvrir une tour de béton à l'air douteux  qui fait apparemment partie des installations. Malheureusement,  personne ne voulait en parler. En tout cas, je doute qu'elle ait quoi  que ce soit à voir avec la mission d'un orphelinat. Il s'agirait plutôt  d'une prison, ou d'un lieu de culte secret.
 Les résidents du coin ont baptisé le culte qui dirige "Wish House"  "L'Ordre". Cette religion a des rapports étroits avec le passé de Silent  Hill. Mais la croyance fervente de ses adeptes selon laquelle ils  feraient partie d'une élite d'"Elus" a un côté lugubre et dangereux.
 J'entends poursuivre mon enquête sur "Wish House" et le culte en  question. J'ai toujours cru que "dire toute la vérité" et montrer aux  enfants la vraie voie est notre devoir le plus important.
 Joseph Schreiber


parash10

22 février 1996... Extrait du journal local d'Ashfield Heights...

La police a retrouvé ce matin le cadavre de  Peter Walls, un jeune homme habitant dans un hôtel de South Ashfield  Heights. Apparemment battu à mort, on aurait remarqué sur son corps de  bizarres contusions ressemblant à des chiffres.

La police a immédiatement pensé à l'Affaire Walter Sullivan qui avait  défrayé la chronique il y a deux ans ; Sullivan étant mort en prison,  ils sont sur la piste d'un éventuel imitateur ou d'un fan obsessionnel.  Toute nouvelle information vous sera bien évidemment communiquée...

shfin
theelevent​hvictim1THE ELEVENTH VICTIM by fallenRaziel

Chapitre 11121#1 - (???)
      MNÊSIS

"Le souvenir du bonheur n'est plus du bonheur ; le souvenir de la douleur est de la douleur encore..."

21 février 1994... Commissariat de Pleasant River… 04H57...

Dans le commissariat de Pleasant River,  c’était le branle-bas de combat ; des gens allaient et venaient entre  les différentes salles, des ordres étaient donnés en criant,  l’atmosphère était moite et chargée d’électricité : on avait enfin capturé le tueur aux chiffres… Enfin, il s’était livré lui-même… Errol Casey était à cette heure-ci le seul  gradé sur place, Aidan Bearchan n’étant pas encore arrivé ; il prenait  son travail de commissaire de police de plus en plus à la légère, mais  quand Casey lui avait annoncé la nouvelle, il y avait eu un grand  silence au bout du fil avant que Bearchan ne lui pose la solennelle  question « Qui est-ce ? »

Casey avait eu du mal à répondre malgré son excitation. « C’est… lui, Bear…  » Bearchan avait raccroché. Casey ne savait même pas s’il viendrait… Il se dirigea vers la salle d’interrogatoire  principale, dans laquelle le criminel avait été enfermé, sans qu’il  oppose la moindre résistance d’ailleurs ; ce qui n’était pas étonnant  vue la nonchalance dont il avait fait preuve depuis le début de  l’affaire. Casey l’observa un moment à travers la vitre teintée avant  d’entrer dans la pièce. Walter Sullivan était assis devant une table  nue, les mains menottées posées sur ses cuisses. Il se tourna vers Casey  au moment où il entrait, et son regard vide et triste frappa le  policier de plein fouet. «  Cet homme n’a pas toute sa tête »,  se dit-il. Casey prit une chaise en face du jeune homme et s’assit  rapidement en essayant de ne pas croiser les yeux clairs de Sullivan. Il  avait beau être sûr de la culpabilité de Sullivan depuis le début, le  voir devant lui dans ces circonstances le troublait plus qu’il ne  voulait l’admettre. Pourquoi s’était-il livré, lui qui avait perpétré  des crimes parfaits, sans empreintes et sans indices, lui qu’on aurait  jamais pu arrêter ?

- « Je veux savoir tout ce qui s’est passé depuis le début : vos motivations, vos méthodes, vos complices, tout… » commença Casey, avec une soudaine envie d’en finir vite.

 Walter le regarda en levant les yeux,  lentement, comme un enfant pris en faute ; puis, devant l’attitude de  Casey, il rebaissa le regard sur ses mains menottées.

- « Ce n’était pas moi… c’était le Diable Rouge… », murmura-t-il comme pour lui-même.

 Casey se pencha pour mieux entendre.

- « Qui est le Diable Rouge ? Votre complice ? Quel est son nom ? Où est-il ? » Il avait délibérément adopté un ton plus léger, pour mettre en confiance son vis-à-vis.

- « Il est mort… Il a été le premier à mourir… Tout commence là où tout finit… »

 Casey notait les moindres paroles sibyllines  de Sullivan, car elles seraient utiles pour la suite de l’enquête :  visiblement, il avait des complices…

- « Parlez-moi des meurtres… »

 Sullivan redressa la tête et son visage  exprimait une peur lancinante. Il commença à se balancer d’avant en  arrière sur sa chaise, en parlant rapidement d’un ton terrorisé :

- « Ce n’était pas moi !… Je les ai tué,  mais c’était pas moi ! C’est le Diable Rouge !… Non, le Dieu Jaune… Il  m’a forcé à le faire !… Quand Il vient, il n’y a plus rien à faire… Je  ne peux que regarder… »

 Casey ne comprenait pas grand-chose, mais il y  avait un point assez clair : Sullivan n’était pas seul en cause,  visiblement il avait été la marionnette de quelque mentor tyrannique.  Quelqu’un de la secte de Silent Hill… Son baratin sur un « Diable  Rouge » pouvait le faire penser… Il allait demander une expertise  psychiatrique, puis on le mettrait au frais le temps que Bearchan se  décide à venir s’asseoir ici, à sa place. Il n’eut pas longtemps à attendre : environ  une heure après son entretien avec Sullivan, un Aidan Bearchan fatigué,  les traits tirés, le teint cireux, poussa la porte du commissariat.  Casey doutait qu’il ait mis autant de temps uniquement en faisant le  voyage… Bearchan regarda Casey et lui posa une question silencieuse :

- « Il est derrière, avec les psy… A mon avis, il est dingue… Te fais pas d’illusion… », lui répondit Casey.

 Le jeune homme s’attendait à autre chose comme  réaction, mais Bearchan lui posa seulement la main sur l’épaule en la  serrant convulsivement :

- « C’est bon, je vais m’occuper de la suite, Errol. Je vais… bien… »

 Mais Aidan Bearchan n’allait pas bien du tout, Casey le voyait bien. « Qu’est-ce que tu as fais à mon meilleur ami, pourriture ? », demanda-t-il mentalement à Walter Sullivan. Bearchan se dirigea d’un pas traînant vers la salle d’examen.

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Les deux psychiatres avaient fini leur diagnostic.  Ils présentèrent à Bearchan leur rapport rédigé dans un charabia médical  qu’il ne comprenait guère. Mais il lut quand même quelques expressions  qui lui parurent familières : délire de persécution… paranoïa… tendances schizophrènes… très intelligent mais sociopathe…        Les médecins optèrent pour un traitement  lourd, et Aidan Bearchan les regarda injecter à Sullivan, attaché à une  chaise roulante, un puissant tranquillisant. Le jeune homme sembla  s’assoupir, son visage et son regard se vidèrent de toute expression,  mais le policier eut le temps de l’entendre murmurer :

- « Non… pas ça… ne me séparez pas d’Elle… Il va revenir… Le Dieu Jaune… »

Puis, il plongea dans un calme catatonique,  s’affaissant dans sa chaise, comme s’il s’endormait, mais ses yeux  restaient ouverts. On le conduisit dans une cellule. Quand la chaise  roulante passa devant lui, Bearchan sentit comme un souffle d’air chaud  le pénétrer, le traverser, le renverser presque…        Casey vint vers lui avec le compte-rendu de  son entretien. Il posa la main sur l’épaule de Bearchan qui semblait  encore au bord de l’évanouissement.

- « Ca va, Bear ? Si tu veux jeter un œil… »

- « Ca ira, dis-moi plutôt, j’ai trop mal à la tête pour lire… »

- « Visiblement, il a un ou deux complices.  Il n’a pas donné de noms, mais je pense que c’est à Silent Hill que se  trouve la réponse… »

Bearchan se redressa et une expression de volonté farouche se lisait sur ses traits. Casey en fut secoué.

- « J’y vais… C’est à mon tour de donner de mon temps… »

- « A Silent Hill ?! Bear, tu es sûr que tu veux… après ce qui s’est passé… »

- « Justement, il est temps de faire la  paix avec de vieux démons. Je vais y aller et trouver les « complices »  de Walter… Ils paieront pour ce qu’ils lui ont fait… »

- « Bear… »

- « Reste ici et veille sur lui », ajouta finalement Bearchan, comme s’il confiait à Casey quelque chose de précieux.

Aidan Bearchan se retourna en sortant de sa poche les clefs de sa voiture. Il lança un «  Je vais bien ! » faussement enjoué avant de disparaître à l’extérieur. « Pas d’imprudence, Bear… », se murmura Errol Casey pour lui-même.

parash9

21 février 1994... quelque part entre Silent Hill et Pleasant River… 06H08...

Il s’était arrêté sur une aire de repos pour  réétudier le dossier de Walter Sullivan, ainsi que le rapport  d’interrogatoire de Casey. Des complices, mais pas de noms, juste des  surnoms : le Diable Rouge… Le Dieu Jaune… Du charabia religieux… La  secte de Silent Hill était mêlée à tout ça… Walter, pris en charge par  la Wish House… Jimmy Stone, leader d’une secte… abandonné par ses  parents à la naissance… un rituel destiné à ramener la mère divine… Dieu ?… Toutes ces informations tournaient dans sa tête, et il essayait de trouver un fil conducteur dans tout cela. En regardant plus attentivement le dossier de  Sullivan, il remarqua que le nouveau-né avait fait un court séjour à  l’hôpital Brookhaven avant d’être pris en charge par la Wish House. Brookhaven… n’y pense pas… Il trouverait sûrement des infos supplémentaires s’il s’y rendait… Mais en aurait-il le courage ? Il remonta dans sa voiture, démarra et regarda  de nouveau, inlassablement, la ligne blanche de la route défiler, cette  ligne blanche qu’il s’était juré de ne plus jamais suivre… Et pourtant,  il revenait… ici… dans cet endroit qui l’avait totalement brisé,  démembré de l’intérieur… il y avait vingt-quatre ans maintenant… Mais qu’est-ce que je fous ici ?  Il devait faire son job ; après cette affaire, il démissionnerai et  laisserai sa place de commissaire à Casey. Il pouvait bien se donner un  peu de mal… Mais cette ville… cette ville… Le brouillard caractéristique de la région se  leva, venant du lac à sa droite ; il était noir et opaque à cette heure  de la journée. Il se souvenait de sa beauté tranquille sous le soleil  pâle, de ses secrets enfouis dans ses profondeurs, du parc où il se  rendait avec sa femme… Non, ne pense pas à ça, maintenant ! Reste concentré ! Il dépassa un panneau : « Bienvenue à  Silent Hill », disait-il. Ouais, c’est ça, bon retour chez toi, pauvre idiot !  Il roula sans ralentir et atteignit les premières habitations : rien  n’avait changé ici, rien ne changeait jamais à Silent Hill ; la ville  semblait figée dans le froid d’un début de matinée hivernal, rien ne  bougeait ; des portes et des fenêtres étaient condamnées, des devantures  de magasins dans lesquelles on apercevait encore des articles en vente,  mais qui semblaient fermés ; un petit restaurant qu’il connaissait pour  y avoir déjà mangé, fermé lui aussi… Malgré tous ces bâtiments  abandonné, il n’arrivait pas à trouver un quelconque changement dans la  ville ; elle avait toujours eu cette apparence depuis… ce jour-là… Une cité morte, où les fenêtres condamnées sont autant d’yeux fermés… Il passa devant une maison bleue… Il y avait des bandes de police tendues devant l’entrée… Bon dieu, cette maison !  Il la connaissait ! Elle avait été la sienne autrefois… Maintenant,  elle était celle d’une famille qui connaissait à son tour la pire  tragédie possible… Les Locaine… Eux aussi quitteraient sans doute la  ville, vaincus par son esprit malfaisant… comme il l’avait fait, lui… Une foule de souvenirs l’assaillit violemment : une  femme jardinant dans le carré de verdure derrière la maison… à  l’époque, elle était couleur brique… un vieux chien errant à qui il  donnait à manger dans la ruelle… des promenades main dans la main dans  le parc… les touristes qui faisaient du bateau sur le lac… Bearchan ferma les yeux deux secondes… Reprends-toi, vieux…La chambre d’enfant dans la pièce du fond, avec la grande fenêtre inondant de soleil le berceau vide… Bearchan freina brutalement. Les pneus  crissèrent bruyamment sur l’asphalte. Il posa sa tête sur le volant et  eut comme un sanglot. Pourquoi faut-il que je me rappelle de ça ? Pourquoi a-t-il fallu que je revienne ici ?  Sans même s’en être rendu compte, il s’était arrêté au niveau de la  station d’essence Texxon ; un homme sortit du petit bâtiment, seul signe  de vie dans ce bled… Bearchan lui fit un petit signe et l’homme  s’avança vers lui. Bearchan baissa sa vitre :

- « L’hôpital Brookhaven, c’est bien par là ? Je ne me souviens plus… »

- « Vous descendez Carroll Street, c’est sur le chemin, vous pouvez pas vous tromper », lui répondit l’homme. « Vous allez bien ? Besoin de faire le plein ? »

- « Ca va, merci », répondit Bearchan en se forçant à sourire. « Je viens juste saluer de vieux fantômes… »

 Il laissa sur place l’homme perplexe et tourna  à gauche dans Carroll Street… Il se souvenait maintenant… Le hurlement  de la sirène de l’ambulance… le bruit des appareils d’urgence… Silence ! Il stoppa devant un bâtiment imposant dont il  ne se souvenait que vaguement, pour s’y être rendu seulement une fois…  Une volée de marches menait à la double porte. Aucune voiture n’était  garée dans le parking derrière, ce qui était étrange pour un parking  d’hôpital. Il se gara, monta les marches et s’immobilisa devant la porte  : il frissonnait et ce n’était qu’en partie dû à la froidure ambiante.  Une force irrésistible le poussait-il ici ? Il n’était pas obligé  d’entrer… mais sa main se dirigea d’elle-même vers la porte, qu’il  poussa… Quelque chose d’indéfinissable lui fit penser que personne  n’avait poussé cette porte depuis longtemps… Il passa le seuil en  respirant un grand coup… Le linoleum du hall divisé en carrés noirs et  blancs lui donna soudain mal à la tête. Le premier mot qui lui vint à  l’esprit en pénétrant dans les lieux fut saleté… Le comble pour  un hôpital… Personne dans les parages, pas une infirmière, ni un  médecin… Pas un bruit non plus… Il était déjà entré dans plusieurs  hôpitaux et jamais il n’avait constaté un silence si absolu, si  palpable… presque assourdissant… L’hôpital Brookhaven était-il fermé ?  L’homme le lui aurait dit… Il se rendit au secrétariat : personne là  aussi. Il s’engagea dans les couloirs déserts, frappant de temps en  temps à des portes closes. Une atmosphère oppressante régnait ici ;  d’autres souvenirs se pressaient dans son esprit : un brancard  roulant… des médecins en blouse blanche qui couraient partout… des  infirmières armées de seringues… des supports à perfusion… du sang  giclant sur un drap blanc… une respiration haletante et sifflante… Aidan s’arrêta dans un couloir : en plein  milieu, il y avait un brancard, recouvert d’un drap… Il roulait  légèrement, comme si quelqu’un venait juste de le pousser… Et là,  était-ce une main qu’il voyait dépasser du drap ? Aidan se mit à  respirer très fort, comme suffoqué, et se dirigea vers le brancard qui  s’était immobilisé contre un mur… Ne regarde pas, ne pense pas… La main portait une alliance… Aidan courut et poussa la porte du fond. Il  avait débouché sur un long couloir avec une enfilade de portes à droite  et à gauche. Il se souvenait aussi de ce couloir… Pourquoi se  retrouvait-il ici ? Les murs étaient maculés d’une espèce de rouille  brunâtre de mauvaise augure : le bâtiment tombait en ruine, il ne  trouverait rien ici… Et pourtant, encore cette force irrésistible qui le  poussait en avant… Il devait continuer à marcher, il devait trouver la  source de ce mal… ce mal qui avait emporté Walter Sullivan… La pensée du  jeune meurtrier fit fuir un instant ses propres démons… Il entendait un son… Un cri… Celui d’un bébé…  Était-ce encore le fruit de son imagination ? Une odeur de produits  médicaux flottait dans l’air, et aussi une odeur de sang… Une femme  était-elle en train d’accoucher ici ? Aidan commença à remonter le couloir en regardant les portes de chaque côté, essayant de déterminer la provenance du cri… Il s’arrêta devant la dernière porte, au fond du couloir. Dessus on avait écrit en lettre rouges : « JE SUIS LA ». Cette porte…  C’était cette porte… Elle avait porté tant de ses espoirs pendant un  moment… avant de tout lui prendre, irrémédiablement… La première fois  qu’il l’avait poussé, il avait trouvé la mort et le désespoir derrière…  Qu’y trouverait-il cette fois ? Alors, il la poussa… Une bouffée d’air chargée de produits  chimiques et de sang lui frappa le visage. La pièce était noire,  totalement sombre, non, pas sombre, ténébreuse ; l’obscurité  ici était si opaque, palpable, qu’on aurait pu la déchirer des doigts…  Aidan se débattit un instant contre une peur instinctive du noir doublée  d’une claustrophobie latente, car il se sentit étouffé dans cette  noirceur maligne et cruelle. Puis, soudainement, une petite lumière  jaillit de l’ombre, une petite lueur vaillante qui oscillait doucement,  et qui, pour une raison qu’il ignorait, lui apporta un certain  réconfort. Il avança dans la pièce les mains tendues et  toucha quelque chose, comme une barre de fer. La lumière provenait d’une  bougie allumée au fond de la pièce ; la lumière s’intensifia un peu et  Aidan put voir devant lui des barreaux de métal plantés dans le sol ;  mais il ne voyait pas le plafond. Un bruit semblable à celui de gouttes  d’eau tombant sur un sol dur se faisait entendre. La lumière de la  bougie grandit encore et illumina la pièce, laissant tout de même à  certains endroits des zones d’ombre dense. Comment une simple bougie  pouvait-elle éclairer autant ? Devant lui, derrière les barreaux crasseux,  quelqu’un était assis sur une chaise. L’individu se trouvait à  contre-jour et Aidan ne discerna pas ses traits tout de suite. Mais sa  vue s’habitua au mélange d’ombre et de lumière ambiant : la tête était  baissée et des cheveux longs tombaient devant le visage ; sur les genoux  de l’homme (car il s’agissait d’un homme), Aidan vit un tas de chiffons  ensanglantés. Aidan s’approcha des barreaux, mais sans les toucher ;  l’homme releva la tête et le policier le vit… Walter Sullivan lui sourit, de ce sourire vide  et forcé qu’il lui avait déjà vu… Il prit dans le creux de ses bras le  tas de linges sales et se mit à le bercer lentement tout en murmurant  tout bas des choses qu’Aidan ne saisit pas… Le policier eut le souffle  coupé : Walter, ici ? Il était censé être en prison en ce moment !

- « Je suis bien en prison, Aidan… »

 Aidan Bearchan s’approcha encore un peu plus  et plongea son regard dans celui, si bleu, de Walter Sullivan. C’était  la première fois qu’il entendait le jeune homme l’appeler par son  prénom. Cela lui donna un étrange sentiment d’intimité…

- « Que… faites-vous… ici ? » demanda Aidan, avec difficulté.

- « Je devrais plutôt vous poser cette question, à vous… », répondit Walter, toujours souriant. « C’est chez moi, ici… Vous ne devriez pas être là… »

 Le sourire s’effaça petit à petit pour laisser place à la tristesse.

- « Peut-être vous ai-je appelé sans m’en rendre compte… Je voulais vous parler, à vous… Vous êtes gentil avec moi… »

- « De quoi voulez-vous me parler ? »  Aidan avait regagné un peu d’assurance. Il était décidé à laisser de  côté l’absurdité de la situation présente afin de se concentrer sur  Walter.

- « C’était pas moi, vous savez… Quand Il  vient, j’essaie de m’enfuir, mais Il me rattrape toujours… Il m’oblige à  regarder… Les enfants… je voulais pas… », bredouilla Walter sur un ton contrit.

 Il serra un peu plus le tas de linges contre  lui. Aidan ne parlait pas. Il voulait laisser Walter parler, se  décharger de cette chose qui pesait sur sa conscience, cette chose que le policier avait déjà senti en lui…

- « J’avais presque réussi à Lui échapper…  j’avais trouvé les clefs… j’allais m’enfuir pour de bon… mais vous  m’avez mis ici… vous m’avez piqué… et je me suis retrouvé enfermé… Il va me retrouver… »

- « Qui va vous retrouver ? Qui vous menace ? » s’enquit Aidan.

- « Lui… le Dieu Jaune… Il me retrouve toujours… Pourquoi m’avez-vous fait ça ? Vous qui êtes si gentil… »

- « Vous vous êtes rendu à la police ! De vous-même ! »

- « Je voulais que cela s’arrête. Je  pensais qu’en me rendant à vous, Il n’aurait plus de pouvoir sur moi…  Mais vous m’avez piqué… vous m’avez ôté toute volonté… »

 Aidan réfléchit. Walter faisait-il allusion à  la piqûre de tranquillisant qu’on lui avait faite ? Où se trouvait-il ?  Dans l’esprit de Walter Sullivan ? Ou dans son propre cauchemar ? Aidan  repoussa de nouveaux souvenirs douloureux : sa femme sur la table  d’opération… les instruments de chirurgie dégoûtant de sang… les cris de  sa femme, les vociférations des médecins… le support à perfusion  tombant à terre… le bébé qu’on sortait du ventre déchiré, mutilé,  inutile… et l’absence des cris du nouveau-né… Docteur, c’est pas normal… Un bébé doit crier en naissant… Pourquoi il ne crie pas, le bébé ? Pourquoi il ne crie pas ?!… Aidan ferma les yeux un instant, submergé par  l’émotion ; cela s ’était passé ici, dans cette pièce… Et à côté, dans  une autre pièce, dans le même bâtiment, le même jour, un autre  nourrisson, abandonné par ses parents, était enlevé par les membres  d’une secte cruelle et maléfique…

- « Je me souviens des cris de la femme… », murmura Walter. « Je me souviens de vos pleurs aussi… J’ai senti votre désespoir imprégner cet endroit… et j’ai crié pour vous appeler… »

 Walter baissa les yeux sur le tas de chiffons dans ses bras, et Aidan vit distinctement une petite main  potelée se tendre vers le visage du jeune homme. Aidan s’effondra à  genoux : pendant qu’il se lamentait sur la mort de son enfant, un autre  enfant l’avait appelé à l’aide ; mais il ne l’avait pas entendu, trop  désespéré pour s’occuper d’autre chose que son propre malheur… Leurs  chemins s’étaient croisés ce jour-là, mais ils s’étaient manqués… Aidan  se prit la tête dans les mains et pleura, obsédé par un lancinant «  Et si… » qui lui martelait le crâne, faisait bouillir ses veines et cogner son cœur…

- « N’est-ce pas affreusement injuste ? », murmura Walter en regardant le petit être dans ses bras dont Aidan entendait le babillage étouffé. « Mes  parents ne voulaient pas de moi, il me haïssaient avant même ma  naissance, ils m’ont abandonné, et pourtant je suis bien vivant… Vous et  votre femme, vous désiriez cet enfant avec une force inouïe, vous lui  auriez donné tout l’amour dont il aurait eu besoin… mais il est mort… »

Walter prit la petite main dans la sienne.

- « Si j‘étais mort, votre enfant aurait peut-être vécu ?… Si mon père m‘avait tué au lieu de m‘abandonner… »
 « Non ! » s’insurgea Aidan, se débattant avec ses propres pensées douloureuses. « J’aurais pu être ton père !! Je t’aurai donné toute l’affection dont tu  rêves !! Je t’aurais appris la différence entre le bien et le mal, la  justice, la valeur de la vie !! Nous serions partis loin d’ici, dans une  petite ville bien tranquille, on se serait promené sous le soleil près  d’un lac calme, on aurait habité une jolie maison… Cela n’aurait  peut-être pas sauvé mon mariage, mais qu’importe ! Pour toi, j’aurais  été un père et une mère ! On se serait suffit à nous-mêmes, on aurait  été heureux ensemble ! Une petite famille heureuse… Si seulement je  t’avais entendu !! Si seulement je t’avais vu avant eux, j’aurais pu  t’arracher à cet enfer !! Je t’ai abandonné moi aussi ! Oh ! Mon enfant !  Mon fils !… »

 Aidan avait agrippé avec force les barreaux de  la prison. Tous les sentiments qu’il avait refoulé depuis vingt-quatre  ans se libéraient soudain, se déversaient sur Walter Sullivan, immobile  et silencieux, semblant écouter les pensées d’Aidan : la paternité  manquée… la stérilité de sa femme… son mariage brisé… Il sentit une main  sur la sienne et se redressa, le visage couvert de larmes. Walter était  tout à côté de lui et il lui souriait de nouveau :

- « J’aurai voulu avoir un père comme vous… »

 Le tas de chiffons était tombé à terre ; il  n’y avait rien dedans. Aidan serra la main de Walter convulsivement en  murmurant des « pardon… pardon » tremblants. Ses souvenirs  douloureux s’écoulaient avec ses larmes. Leurs fronts se touchèrent à  travers les barreaux de métal, mais ce fut tout. Walter se redressa brusquement, et regarda tout autour de lui, soudain terrorisé.

- « Vous devez partir ! Il arrive ! Je ne peux pas Le retenir ! »

 Aidan essuya son visage humide et reprit un ton plus professionnel.

- « Qui ? Qui arrive ?! »

- « Lui !! Le Dieu Jaune ! » cria Walter en se prenant la tête dans les mains. « Rien ne peut plus L’arrêter maintenant ! Je Le sens approcher ! Fuyez ! »

- « Qui vous menace ? Je vous protégerai ! Dites-moi seulement ce que je dois faire ! » répondit Aidan en sortant son arme de service.

- « Aucune chance… Vous ne pouvez pas L’arrêter avec ça… Le rituel doit continuer… Tenez, prenez ça… » Walter tendit à Aidan un trousseau de clefs à travers les barreaux. Puis, il recula et se rassit dans la chaise.

- « Elles vous ouvriront la voie de la  sortie… Je ne veux pas vous faire de mal… Vous ne faites pas partie du  rituel… Dieu ne m’a pas envoyé de Signe pour vous… Mais Lui… Il vous  tuera si jamais Il vous trouve…
Partez… », balbutia Walter.

 Aidan serra l’objet dans sa main comme si sa  vie en dépendait. Mais il ne pouvait pas laisser Walter ici. Il ne  pouvait pas l’abandonner encore une fois… Il avait échoué, en tant que  mari et en tant que père… il échouait toujours. Mais la flamme de la bougie fut soudain  soufflée ; la pièce replongea dans l’obscurité la plus totale. Une voix,  celle de Walter mais curieusement déformée, murmura «  Joyeux anniversaire, Walter… » Marchant à reculons, Aidan trouva de la main la poignée de la porte, l’ouvrit et se retourna… Un long couloir s’ouvrait devant lui, mais pas  celui par lequel il était arrivé… Une explosion de couleurs infernales  et de lumières démoniaques tourbillonnèrent un instant devant ses yeux  éberlués : les murs, d’où suintait une matière visqueuse innommable, qui  ondulaient par spasmes ; le sol fait de grillages métalliques au-delà  desquels il apercevait le fond de l’enfer ; des brancards où s’agitaient  des choses grouillantes et purulentes ; des cris, des gémissements, des  hurlements, d’hommes ou d’animaux il n’aurait su le dire… Le jaune, le  orange, le rouge et le noir dominaient tout. Du bout du pied, il poussa  une chose qui semblait vivante, mais qui ne pouvait pas être vivante… Aidan se retourna vers la porte qu’il venait  de refermer mais elle avait disparut ; à la place, il y avait encore un  message écrit en lettre de sang : « TOUT DROIT EST LA LIBERATION. MAMAN A  MAL. DELIVREZ-LA » Le policier, suffoqué par l’odeur  indescriptible qui flottait ici, se mit à avancer le long de l’étroit  couloir, son pistolet à la main. Son esprit se refusait à essayer de  comprendre où il se trouvait et ce qui se passait ; il devait avancer,  car le temps pressait… Pourquoi ? Il ne le savait pas, c’était juste une  impression d’urgence qu’il ressentait…  Il prit soin de ne pas toucher les horreurs  qui jalonnaient le couloir, qui ne cessait de tressauter, de trembler,  de se contracter ; une sensation de douleur intense l’envahit… Il se  sentait comme dans le ventre d’un gigantesque dragon en train de  suffoquer… Le couloir n’en finissait pas, il était toujours rectiligne,  encombré de tout un tas de choses vivantes ou mortes qui se tortillaient  à son passage, qui semblaient presque l’implorer. Une ou deux fois, il  dû tirer sur l’une d’entre elles. En levant la tête, il vit au plafond  comme de gros câbles qui pendaient, luisant et dégoûtant d’un liquide  inconnu mais fort peu ragoûtant… Aidan se surprenait lui-même de son  sang-froid ; en fait, il se sentait beaucoup mieux, plus léger qu’au  moment d’entrer dans l’hôpital. A présent il combattait (fuyait ?) une  menace qui semblait bien plus réelle que ses souvenirs douloureux. Le  danger en était d’autant plus grand, mais Aidan se sentait prêt à  affronter n’importe quoi… Enfin, il atteignit le bout du chemin.  L’interminable boyau se finissait en cul-de-sac Non… là, dans le mur au  fond, il voyait une porte : elle était bardée de chaînes d’acier  auxquelles pendaient des cadenas. Aidan se précipita sur la porte.  Dessus, il y avait écrit « 302 »… Sortant le trousseau de clefs, il s’attaqua à  un cadenas avec une volonté farouche. Il ne trouva pas tout de suite la  bonne clef et dû faire plusieurs essais ; le premier cadenas tomba. Il  s’attaqua de suite à un autre quand il entendit au-dessus de lui un bruit… Il leva la tête presque malgré lui : au-dessus  de la porte, un carré d’obscurité était apparu ; il émanait de cette  ouverture une malveillance cruelle, une monstruosité ancienne et  sanglante… Un bruit de reptation se faisait entendre distinctement…  Aidan changea de clef et, tout en regardant de temps en temps au-dessus  de sa tête, il en introduisit une autre dans le deuxième cadenas… pas la bonne… Le bruit se rapprochait… Aidan regarda encore… Une main émergea de l’ombre, une main gantée  de blanc, puis un bras, maculé de sang et d’autres choses innommables…  La clef entra et tourna… un autre cadenas… plus que deux… Vite, vite !! Ca arrive !! Une tête sans visage, couturée de cicatrices, déformée, bosselée… Une autre clef… la bonne, cette fois…  le bruit du cadenas tombant à terre… Aidan ne quittait plus la chose  des yeux… Il vit la main atteindre le chambranle de la porte… un  tatouage sur l’épaule… le bras sinueux comme un serpent… la robe tachée  de sang qui sortait du trou… le corps qui se collait au mur en ondulant  comme un lézard immonde… Le dernier cadenas lâcha prise. Aidan arracha  les chaînes avec une violence décuplée par la peur de la monstruosité  qui tendait ses mains vers lui pour l’agripper… Le Dieu Jaune… c’était  Lui… celui qui torturait Walter… Oh Seigneur ! Walter ! Non, tu dois fuir !!  Tournant vigoureusement la poignée, il plongea dans une lumière  aveuglante ; il avait fermé les yeux mais la clarté transperçait ses  paupières. Il courait comme un fou, sans savoir où, pour échapper à  cette chose, cette entité qui dépassait toutes les croyances humaines,  cette divinité courroucée qui s’était glissée par l’ouverture derrière  lui… qui le poursuivait, le poursuivait et… le rattrapait

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THE END OF THE ROAD by fallenRaziel

Chapitre 10121 - (Eric Walsh)
    OREXIS

"Les repas de famille ne consistent pas à se manger entre parents..."


20 février 1994... Appartement 27, Ashfield... 10H46...

Errol Casey tambourinait à la porte du 27. Il  avait un mandat pour pénétrer de force dans les lieux, mais il voulait  autant que possible faire les choses en douceur. Le vieux concierge  était là, avec sa femme, comme témoins, interdit, se tordant les doigts  et répétant qu'il n'avait pas vu Mr Sullivan depuis plusieurs heures,  que c'était un gentil garçon qui ne ferait pas de mal à une mouche.  Casey s'en moquait : il savait très bien pourquoi il était ici et  comptait mener sa mission à bien. Cela faisait une journée que Walter Sullivan  avait quitté le commissariat juste après son entrevue avec le  commissaire Bearchan, sans dire un mot et en ayant laissé son collègue  dans un état de choc sérieux. Casey ne savait pas ce qui s'était dit,  mais il soupçonnait Sullivan d'avoir fait des révélations fracassantes à  Bearchan, ce qui expliquait pourquoi celui-ci avait obtenu assez vite  un mandat de perquisition par le juge d'instruction du 73ème Comté. Personne ne répondait aux coups de Casey et du  reste, aucun mouvement ne se faisait entendre de l'autre côté de la  porte. Il se tourna vers le concierge et le somma d'ouvrir la porte du  27. Le concierge protesta un peu, pesta contre la police pour la forme,  mais sortit son trousseau de clefs et ouvrit l'appartement. Casey, et  deux policiers venus avec lui, pénétrèrent dans le vestibule ; un coin  cuisine à gauche, un petit salon en face, un couloir à droite, donnant  sur la chambre à coucher et la salle de bain : semblables à ceux de tous  les appartements du quartier. Pas de photos, pas de cadres sur les  murs, pas de télévision ni de poste de radio, pas de canapé ; seule une  pendule accrochée au mur, une table basse, un frigidaire vide. Difficile  de croire que quelqu'un vivait ici. Casey emprunta le couloir menant à la chambre,  passa devant la salle de bain (minuscule mais bien suffisante pour une  personne seule), et entra dans la pièce contenant un lit une place, une  armoire avec quelques vêtements, une table de nuit, un petit bureau ;  une guitare était posée contre le mur, incongrue dans cette pièce  spartiate ; pas de téléphone. Là encore, rien sur les murs, mais quelque  chose attira l'attention de Casey : une petite bibliothèque murale,  contenant une dizaine de livres en tout, sur laquelle était punaisée une  feuille blanche sur laquelle était griffonnné un étrange dessin rouge  circulaire ; deux bougies fondues se trouvaient de chaque côté. Casey se  demanda s'il devait prendre ceci, mais décida de ne pas y toucher. Le  contenu de la bibliothèque n'était pas très intéressant : quelques  ouvrages parlant des Indiens d'Amérique, des Pawnees, d'autres parlant  des premières colonies américaines, d'autres de folklore. Et là, coincé  entre deux volumes, un petit cahier, ressemblant à une petite Bible. Il  mit ses gants et lut le titre. Les 21 Sacrements ou la Descente de la Mère Divine . Il avait déjà lu ces mots mais il ne se  souvenait plus où. Mais si bien sûr ! C'étaient les mêmes mots que ceux  qu'il avait lu dans l'espèce de journal que Jimmy Stone rédigeait au  moment de mourir ! Le truc en rapport avec le culte de Silent Hill.  Casey venait de trouver un lien formel entre Walter Sullivan, le culte  de Silent Hill et Jimmy Stone. Bearchan ne pourrait plus nier les faits  maintenant ! Il mit le petit cahier dans un sachet en plastique comme  pièce à conviction. Les deux autres policiers fouillaient la  chambre : l'armoire n'était pas vide, et dans un coin de la chambre, un  sac de voyage traînait, ouvert. Visiblement, Sullivan n'avait pas fui,  ses affaires étaient là. Mais qui savait ce qu'un tueur (présumé, se corrigea mentalement Casey) pouvait avoir dans la tête ? Restait à trouver Walter Sullivan et Dieu seul savait où il pouvait bien être.

parash8

20 février 1994... Bar « Southfield », Ashfield... 18H57...

Les clients du bar, un homme et une femme,  sortirent bras-dessus bras-dessous, sous un ciel nuageux et menaçant.  Eric passa un coup de chiffon sur le comptoir en zinc tout en les  regardant. La femme avait pas arrêté de lui faire de l'oeil, ce qui  n'avait pas été pour lui déplaire. Il lui avait fait une petite  démonstration de sa dextérité en lui préparant un cocktail maison, le Walsh Love ;  elle avait bien aimé, mais le type, lui, n'avait pas apprécié. Après  avoir bu un verre ou deux, voilà qu'ils repartaient. Eric n'y pouvait  rien : le métier de barman plaisait aux femmes.Le gérant du bar, Mr Gareth, se pointa dans la  seule et unique salle prévue pour la clientèle et se dirigea vers Eric.  Il avait sa tête des mauvais jours, et Eric n'aimait pas ça. Il n'allait  quand même pas lui gâcher la journée, ce vieux barbon ?

- « Ric, on va fermer plus tôt ce soir ; il va y avoir de l'orage et je voudrais pas que tu te retrouves coincé ici », déclara Mr Gareth. « De toute façon, avec ce temps, on n'aura plus de clients aujourd'hui, le chiffre est fait, c'est le principal. »

Eric Walsh fut agréablement surpris : son vieux  patron le libérait plus tôt ! Bien sûr, il savait que c'était un jour  spécial pour Eric aujourd'hui. Il allait pouvoir rentrer chez lui  organiser ça.

- « Veille quand même à ce que tout soit propre pour demain », précisa le gérant. « Après  tu pourras partir. Ah si, encore une chose : le numéro de téléphone du  bar a changé, pense à faire un message sur le répondeur pour nos  clients. »

Il se détourna, et jeta avant de disparaître :

 - « Oh ! Et bon anniversaire ! »

Mr Gareth sortit par la porte du fond, sans  doute pour régler quelques détails dans son bureau. Eric était de bonne  humeur. Il allait faire rutiler tout cela et après il se rentrerait  tranquillement, en essayant d'éviter la pluie. Malgré tout, le gérant  avait eu l'air soucieux en lui annonçant la bonne nouvelle. Y avait-il  une autre raison à cette fermeture inopinée ? Eric s'en foutait, en  fait. Il s'approcha de la table de billard et remis  les boules dans le triangle, bien au milieu ; puis, il reprit son  chiffon et entrepris d'astiquer tout ce qui pouvait l'être : il n'était  pas maniaque, mais Mr Gareth oui, et il ne voulait pas qu'il trouve une  excuse pour l'engueuler. Il frotta le chrome des robinets, des chaises  de bar, passa un coup aussi sur les bouteilles multicolores, et même les  poignées de porte. Pour finir, il sortit la serpillère pour faire  briller le sol comme un miroir. Sa tâche terminée, il se rendit au  vestiaire pour prendre ses affaires. Juste avant de sortir, il décrocha  le combiné du téléphone du bar et enregistra un message informant les  clients du nouveau numéro. Content de lui, il enfila son blazer, sortit  ses clefs de voiture et ouvrit la porte du bar pour se jeter dans un  début de tourmente. Le ciel était bas, et il voyait même quelques  éclairs déchirer les nuages au loin. Sa voiture était garée en contrebas  dans le parking, et il se dirigea vers elle à grands pas. Il y avait quelques bouchons entre chez lui et  le bar, et il dû apostropher vulgairement quelques automobilistes qui  avaient sûrement eu leur permis dans une pochette surprise.  Heureusement, il n'était pas trop loin de son domicile, ce qui lui  permit de ne pas trop oublier son savoir-vivre. Il gara sa voiture en bas de chez lui, un petit  immeuble assez cossu, loin du centre-ville. Il vit la voiture de son  père, et pensa à la petite fête qui allait avoir lieu : ce n'était pas  tous les jours qu'on avait vingt-quatre ans. Il était un adulte  maintenant mais sa mère avait toujours tenu à fêter ses anniversaires en  grandes pompes, avec toute la famille. Etaient-ils déjà tous là ? Rien  qu'en pensant au gâteau que sa mère avait dû faire pour lui, il salivait  d'avance. En montant les escaliers qui menaient à son  étage, il sortit de sa poche un sachet de bougies bon marché : tous les  ans il fallait de nouvelles bougies, c'était la règle. Il aimait bien  que toute sa famille soit réunie, la famille, c'est sacrée. Il y aurait  sûrement l'oncle Hale et la tante Isla, ses deux cousins Jörn et Kalman,  son grand-père et sa grand-mère maternels, peut-être son autre  oncle Lee, un solitaire qui vivait pas loin d'ici et qui ne manquait  jamais une occasion de venir les voir. Ca ferait pas mal de monde dans  leur petite appartement, mais il aimait bien ça, sentir leur présence. Il arriva sur le palier et tapa contre la porte  selon un code qu'il avait mis au point avec ses parents. Personne ne  répondit mais la porte s'ouvrit. Il entra, posant les bougies sur le  guéridon de l'entrée.

 - « Maman ! Papa ! Je suis rentré ! » cria-t-il au silence.

Il enleva son manteau et le pendit à une  patère. Il se dirigea vers le salon, dans lequel la table avait été  dressée et sur laquelle un gros gâteau était posé. La pièce avait été  décorée pour l'occasion de tout un tas de fanfreluches en papier, que sa  mère avait dû faire pendant la journée. Eric sourit : la famille était  peut-être sortie faire une dernière course, il n'avait pas prévenu qu'il  sortait plus tôt que d'habitude. Il enleva ses chaussures et s'assit dans le  canapé, attendant que sa famille revienne. Pour une raison qu'il  ignorait, il faisait étrangement chaud dans la pièce, mais il ne pouvait  pas ouvrir les fenêtres car la pluie avait commencé à tomber. Les  lumières du salon tressautèrent et s'éteignirent. Et merde !  Une panne d'électricité maintenant ! Il alla chercher à tâtons les  bougies dans l'entrée, les déballa et les plaça sur son gâteau à la  lueur d'un éclair. Il gratta une allumette et les laissa illuminer la  pièce de leur pâle lueur tremblotante. Il remarqua à quel point la lueur  des bougies pouvait être lugubre quand on était seul. Mais où  étaient-ils ? Le sol semblait mou sous ses pieds. Etait-ce de  l'humidité ? Mou et collant. Ce n'était pas normal. Il prit une bougie  et la dirigea vers le sol : il était rouge. Bizarre. Le sol de  l'appartement avait toujours été de couleur crème, en tout cas il avait  cette couleur quand il était entré. Il devait être fatigué, ses yeux lui  jouaient des tours. C'est au moment d'aller se rasseoir qu'il entendit le frottement. Comme quelque chose de sec contre du papier. Il se retourna vers l'escalier qui menait à  l'étage. La pénombre était épaisse et on y voyait pas à deux pieds  devant soi. Eric pensa alors que sa famille lui avait fait une surprise,  ou avait voulu lui faire peur, qu'ils étaient tous cachés en haut, dans  les chambres. Il le croyait toujours au moment où il vit une main...  une main énorme jaillir de l'obscurité et agripper le chambranle de la  porte. Une main, puis un bras, puis un torse disproportionné, et enfin  une tête. Non, deux têtes... sur un seul tronc. Eric recula, et fit  tomber sa bougie qui s'éteignit. Si seulement il avait pu ne pas voir ce qui  approchait. Mais les autres bougies continuaient de dispenser une  lumière chiche dans la pièce et il y voyait suffisamment clair pour  enregistrer en un coup d'oeil tous les détails de la... chose qui venait  vers lui : à première vue, cela ressemblait à un être humain, mais ses  proportions étaient impossibles ; deux têtes sur un seul cou... plus de  deux têtes en fait, il y en avait encore une sur le torse, du côté  gauche. Leurs traits lui semblaient horriblement familiers. Les mains et  les épaules étaient énormes, mais les bras ridiculement maigres. Les  genoux... les jambes... disproportionnés. Rien à voir... Les visages, mon dieu ! La créature traîna sa carcasse disgracieuse jusqu'à une chaise et s'assit.  Eric était pétrifié : d'autres têtes dans le dos, deux grosses, et deux  autres plus petites ; les bouches se tordaient comme pour parler, et de  fait, Eric entendit bien un son sortir de ses orifices :

- « Nous sommes tous ensemble Eriiiiiiic »

Il  ne reconnaissait pas la voix, mais elle lui était familière : c'étaient  les voix réunies de tous ses proches, dont les têtes dépassaient de la  chair parcheminée de la chose assise devant lui. Ses deux parents lui souriaient par-devant, ses cousins le regardaient par-derrière. Cela ne pouvait être...  Eric ouvrit le tiroir de la commode derrière lui et se saisit du  revolver de son père. Il pointa le canon sur cette monstruosité qui ne  pouvait venir que de ses pires cauchemars. Une autre voix, étrangère celle-là, résonna dans ses oreilles :

« Maman est partie au ciel maintenant. Pourquoi ne veut-elle pas descendre ?... »

 Eric retint sa respiration : il ne pouvait pas  tirer sur eux, ils étaient tout ce qu'il aimait, tout ce qu'il avait. Ce  serait si doux de fermer les yeux et de réentendre leurs voix, à tous.  Aussi, il retourna le canon de l'arme vers lui, et avec un sourire béat,  il se dit que, oui, vraiment, c'était un splendide anniversaire.

parash8

20 février 1994... Appartement des Walsh, Ashfield... 20H08...

La pluie tombait à pierre fendre. C'était comme  si elle ne s'était pas arrêtée depuis hier soir. Un nouveau meurtre.  Casey était au bord de la syncope. Rien vu, rien entendu, encore une  fois. Ou plutôt si, un coup de feu, perçu par les voisins des Walsh,  vers 19H20, hier soir. Tout le monde savait que Mr Walsh avait un  revolver dans le voisinage, mais il ne s'en servait jamais. Le bruit  avait alerté les voisins qui avaient alors appelés la police ; avec les  meurtres qui avaient eu lieu récemment dans le quartier, les gens  étaient sur les nerfs. Seul le fils des Walsh se trouvait au domicile,  une balle dans la tête. Un suicide ? Cela en avait tout l'air, et  pendant un instant, Casey espéra que ce n'était pas le tueur aux  chiffres. Mais un coup d'oeil sur le corps lui fit perdre bien vite ses  illusions. 10121...  scarifié sur le bras gauche... Et les  coutures sur le torse... Le coeur emporté, comme sur tous les autres  cadavres... C'était encore lui, pas de doute. Mais qui était ce « lui » ?  Walter Sullivan ? Son signalement avait été distribué dans tout Ashfield  et personne ne l'avait vu jusqu'à présent. S'était-il faufilé dans ce  bâtiment à l'insu de tous ? Peut-être Eric Walsh l'avait-il surpris chez  lui, avait essayé de se défendre, pensant à une agression, peut-être le  coup était-il parti tout seul ? Non, le rituel continuait, celui des 21 Sacrements, il en était persuadé. même s'il n'avait toujours pas compris le but de la manoeuvre. Un gâteau d'anniversaire recouvert de cire  froide trônait sur la table de la cuisine. Il fallait qu'il informe la  famille de ce jeune homme de ce que qui s'était passé. Mourir le jour de  son anniversaire... Quel symbole cela devait représenter pour le  tueur ? Casey voulut se détourner de la scène de crime,  dégoûté par sa propre incompétence à arrêter ce massacre. Mais quelque  chose attira son attention : une feuille de papier pliée plantée dans le  gâteau. Etait-ce un simple mot de félicitation ? Casey le prit et le  déplia. Il n'y avait que ces quelques mots :

Pour le commissaire Aidan Bearchan
L'un des chiffres est un symbole

Cela avait été laissé par le tueur. C'était un  indice. Il se moquait d'eux. Ou alors il voulait se faire prendre. Casey  allait tout faire pour que cela arrive au plus vite. Casey se détourna et sortit sous la pluie  battante. Levant les yeux, il aperçu au loin une silhouette immobile,  dans la tourmente, familière. Elle semblait tournée vers lui, la tête  levée comme pour recevoir le baptême du ciel. Son sang ne fit qu'un  tour : il courut à l'endroit où il avait vu l'apparition, mais le temps  qu'il y parvienne, celle-ci avait disparu, comme un mirage dans le  désert qui disparaît une fois qu'on croit l'avoir atteint.

parash8

20 février 1994... Appartement d'Aidan Bearchan, Pleasant River... 21H19...
Encore un meurtre. Un jeune barman. Une balle  dans la tête. pour faire penser à un suicide ? Aidan Bearchan en  doutait, cela faisait partie d'un plan, d'un schéma, que le tueur leur  imposait.
Il était rentré chez lui après que Casey lui ai  fait son rapport. Ce dernier lui avait donné le petit cahier trouvé  chez Sullivan, ainsi que la note que le tueur avait laissé à son  intention sur le dernier lieu du crime. Bearchan savait qu'il ne fallait  pas amener son travail chez soi quand on était flic, mais il ne pouvait  pas fermer l'oeil avant d'avoir élucidé ce mystère. Après avoir pendu son manteau  dans l'entrée, il avait sorti le cahier de sa poche et s'était mis à  lire ; cela ressemblait beaucoup au journal qu'on avait trouvé sur le  lieu du premier crime, à Silent Hill :

 
"La Descente de la Mère Divine - les 21 Sacrement

le premier signe

Et Dieu a dit,

        Le moment venu, ma colère purifiera le monde.
        Rassemble l'Huile blanche, la Coupe noire et le sang de dix Pécheurs.
        Apprête-toi, pour le Rituel de la Sainte Assomption."

Cela parlait d'un rituel destiné à élever quelque chose ou quelqu'un ; pour cela, il fallait faire couler le sang de dix personnes. Les dix meurtres ?

« Le Deuxième Signe

Et Dieu a dit,

Donne le Sang des dix Pécheurs et l'Huile Blanche en offrande.

Tu seras libéré du carcan de ton enveloppe terrestre et jouira du  Pouvoir des Cieux. De la Nuit et du Néant, fais rejaillir les Ténèbres  et ceins toi de Désespoir au nom de l'Elu. »
 Donner du sang en offrande ? Visiblement pour  se libérer de quelque chose, de son propre corps ? Et quelle était cette  huile blanche ? Il allait ordonner qu'on fouille l'appartement de  Sullivan de fond en comble afin de trouver des produits suspects.

« Le Troisième Signe

Et Dieu a dit,

Retourne à tes sources à travers la Tentation du pêché.

Sous l'oeil vigilant du démon, erre seul dans le Chaos sans contours. L'alignement des quatre Expiations en dépend.
 »

Cela devenait de plus en plus confus pour lui.  Il ne s'était jamais intéressé à l'ésotérisme, mais ce texte faisait  résonner en lui quelque chose de personnel, d'intime, de profondément  ancré en lui.

« Le dernier signe
  Et Dieu a dit,
      De ta chair sépare la Mère Réincarnée et l'Elu.
  Ta tâche accomplie, le Mystère des 21 Sacrements provoquera la  réincarnation de la Mère et la rédemption de la Nation du Péché. »

Ce rituel était donc censé ramener quelque  chose à la vie, dans le monde. La Mère ? Ou avait-il déjà entendu parlé  de la Mère Divine ? A Silent Hill... à l'époque où il y  habitait... il y avait si longtemps... Toute cette histoire était liée  au culte de Silent Hill. Sullivan avait grandi à la Wish House, à Silent  Hill, un établissement qui semblait plus ou moins lié à ce culte. Il  n'était pas impossible que le jeune Walter ait pu entendre des choses à  ce sujet, et qu'il se soit mis en devoir, une fois adulte, de réaliser  certaines... prophéties. Agissait-il seul ? Jimmy Stone  semblait au courant de ce rituel puisqu'il l'avait retranscrit dans son  journal, entre autres choses. Sullivan avait-il gardé des rapports avec  ses anciens tuteurs ? Etait-il épaulé par quelqu'un ? Bearchan posa son front dans ses mains : voilà  qu'il accusait encore Sullivan d'avoir commis les meurtres. Mais il  avait des preuves maintenant. Il n'aimait pas cela... surtout la  dernière preuve, presque irréfutable : l'écriture du billet trouvé chez  les Walsh était la même que celle contenue dans le cahier. Walter  Sullivan était l'assassin... ou du moins était lié à lui et en savait  plus que ce qu'il n'avait dit. Il prit la note dans sa main et la relut :

Pour le commissaire Aidan Bearchan
L'un des chiffres est un symbole

Ces mots faisaient sans nul doute allusion aux  chiffres retrouvés sur les cadavres. Des chiffres dont il comprenait  mieux la signification maintenant. Dix victimes : les deux premiers  chiffres désignaient le nombre de victimes ; selon le texte ésotérique,  il fallait dix victimes. Devait-il en déduire que les meurtres allaient  s'arrêter ? Les deux derniers chiffres se référaient au rituel, les 21  Sacrements. Restait le seul chiffre qui ne voulait rien dire, le 1  au milieu. S'il rassemblait tout ce qu'il savait à présent, le symbole à substituer à ce chiffre était évident.
10/21. Dix victimes sur  vingt-et-unes ? Non, le rituel n'était pas encore terminé. Restait à  savoir comment il se manifesterait... et où était Walter Sullivan.

parash8

20 février 1994... Commissariat, Pleasant River... 23H30...

Le policier de garde cette nuit  n'allait pas tarder à rentrer chez lui. Rien à signaler. Il allait taper  son court rapport avant de mettre les voiles. C'est alors qu'il  entendit la porte d'entrée du commissariat s'ouvrir puis se refermer. Et merde, se dit-il.      
Il fit bonne figure et se retourna vers le  visiteur nocturne, un visage qu'il lui semblait avoir déjà vu dans les  parages. Il lui fit un grand sourire, ravalant un bâillement.

- « Je peux vous aider ? »

- « Je viens me rendre à la police : je suis l'auteur des dix meurtres. »

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BIRTHDEAD bu fallenRaziel