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HYDRE

Hydra_by_q​uellion

L'hydre est ce serpent monstrueux à sept têtes qui, pour chaque tête qu'on lui coupait, en faisait repousser deux !
Son histoire est liée à celle d'Hercule - l'Héraclès des Grecs, le fils illégitime de Zeus que la jalouse Héra poursuivit de sa vindicte en le condamnant aux fameux "douze travaux" comme à autant d'épreuves initiatiques.
Après avoir tué le lion de Némée, Héraclès doit débarrasser le pays d'Argos d'un monstre qui hante les marais sans fonds de Lerne où périssent les voyageurs qui s'y aventurent.
Un corps de chien, dit la légende, "avec huit ou neuf têtes de serpents, dont l'un était immortel" - mais on peut aller jusqu'à mille têtes dans certaines versions.
La seule haleine de l'hydre était un poison, si violent qu'il suffisait à faire mourir quiconque le respirait. Après un combat incertain, au terme duquel Héraclès ne doit son triomphe qu'au secours que lui apporte Iolas, qui allume un feu salvateur pour empêcher la renaissance des têtes, l'hydre de Lerne cesse définitivement de nuire : Héraclès en a coupé la tête immortelle avec une faucille d'or et l'enterre "toute bruissante de sifflements" ; en outre il trempe ses flèches dans le sang empoisonné pour les rendre mortelles à coup sûr.
Selon Robert Graves, ce combat rappelle celui de Persée contre le serpent de mer (qu'il tue lui aussi avec une harpe d'or ou une faucille en forme de croissant de lune), ou encore celui contre le monstre à sept têtes que le héros sumérien Gilgamesh et son ami Enkidu doivent mener sur la montagne aux cèdres.
Le poète latin Servius raconte pour sa part que l'hydre était en fait la source de rivières souterraines qui inondaient le pays ; dès que l'on en bouchait une, les eaux forçaient leur passage ailleurs.

Quoi qu'il en soit de ces différentes versions et qu'il s'agisse d'un eau indomptable ou d'un animal aquatique et ophidien, on retrouve toujours l'idée de ce renouvellement constant dont le serpent, avec ses mues, est l'un des symboles les plus puissants, en même temps que l'image d'une féminité redoutable et tentaculaire qui renvoie au thème de la mère dévorante et, sortant du sein de celle-ci, à celui de l'anima encore sauvage que Jung a si bien étudiée.
Robert Graves cite à cet égard un fait (historique ?) tout à fait remarquable : la mise à mort de l'hydre de Lerne coïnciderait avec la tentative de suppression des rites de fertilité qu'on y pratiquait en l'honneur des trois grandes déesses Déméter, Perséphone et Hécate.
Pour acquérir ses lettres de noblesse et son autonomie psychique, le héros doit toujours échapper aux tentacules de la déesse-mère.
Faut-il rappeler à ce propos le combat désespéré chez Jules Verne du Capitaine Némo contre une hydre des temps modernes, la pieuvre de Vingt mille lieues sous les mers ?
Némo (dont le nom signifie Personne) est englouti par la mer. Sans doute pour n'avoir pas trouvé son identité ?