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[...] Qu'est-ce qui fait que la sélection naturelle peut résoudre le problème de l'improbabilité alors que le hasard et le dessein échouent dès le départ ? La réponse est que la sélection naturelle est un processus cumulatif qui décompose le problème de l'improbabilité en petits éléments. Chacun de ces petits éléments est légèrement improbable sans que ce soit rédhibitoire. Quand de nombreux évènements légèrement improbables de ce genre s'accumulent en série, le résultat en bout de course est effectivement fort improbable, suffisamment en tout cas pour être hors d'atteinte du hasard. Ce sont ces résultats en bout de course qui constituent l'argumentaire indéfiniment recyclé par les créationnistes. Ils ont tout faux car [...] ils tiennent absolument à aborder le genèse de l'improbabilité statistique comme un évènement unique qui ne se répète jamais. Ils ne comprennent pas la force de l'accumulation.

Dans Climbing Mount Improbable, j'ai exprimé cette idée sous forme d'image. Un versant de la montagne est une falaise abrupte, impossible à escalader, mais l'autre côté monte en pente douce vers le sommet. Et au sommet se trouve un appareil complexe comme un oeil ou un moteur bactérien à flagelle. La notion absurde que cette complexité ait pu s'assembler spontanément est symbolisée par l'idée de sauter d'un seul coup du pied de la falaise au sommet. L'évolution au contraire contourne le pied de la montagne et monte en pente douce jusqu'en haut, facile ! Le principe de la pente montée en douceur au lieu du précipice franchi d'un seul bond est si simple qu'on a tendance à s'étonner qu'il ait fallu si longtemps pour qu'apparaisse un Darwin qui le découvre ! A ce moment, il s'était écoulé près de deux siècles depuis l'annus mirabilis de Newton, dont les travaux paraissent, comparativement, plus compliqués [...]

Le grand mathématicien français Blaise Pascal a calculé que même si Dieu a fort peu de chance d'exister, cela coûte beaucoup plus cher si vous perdez votre pari.
Il vaut mieux croire en Dieu car si vous gagnez votre pari, vous êtes bien placé pour gagner la félicité éternelle, et si vous perdez, cela ne changera absolument rien.
En revanche, si vous ne croyez pas en Dieu et que vous perdez votre pari, vous y gagnez la damnation éternelle, alors que si vous gagnez cela ne changera rien.
Tout compte fait, le choix est simple : croyez en Dieu.

Mais il y a clairement une faille dans cet argument. La foi ne relève pas d'une décision comme on adopte une ligne de conduite.
En tout cas, je ne peux pas en décider au titre d'un acte volontaire. Je peux décider d'aller à l'église, de réciter le Symbole de Nicée, de jurer sur toute une pile de bibles que je crois chacun des mots qu'elles contiennent.
Mais si je n'y crois pas, rien de tout cela ne m'y fera croire vraiment. Le pari de Pascal ne pourra jamais être qu'un argument pour feindre de croire en Dieu.
Et vous auriez intérêt à ce que ce Dieu auquel vous dites croire ne soit pas du genre omniscient, sinon il verrait clair à travers votre supercherie. [...]

[...] En dehors des scientifiques d'élite des académies américaine et britannique, a-t-on démontré que dans la population générale les athées ont tendance à compter parmi les plus instruits et les plus intelligents ?
Plusieurs études ont été publiées sur la relation statistique entre la religiosité et le niveau d'études ou la religiosité et le QI.
Dans How We Believe : The Search for God in an Age of Science, Michael Shermer décrit une grande enquête qu'il a menée avec son collègue Frank Sullloway auprès d'Américains choisis au hasard.
Entre autres résultats intéressants, ils ont effectivement découvert une corrélation négative entre la religiosité et le niveau d'instruction (plus le niveau d'instruction de la personne est élevée, moins elle a de chances d'être croyante).
La religiosité est aussi corrélée négativement avec l'intérêt pour la science et (fortement) avec le libéralisme politique.
Rien de tout cela n'est étonnant, pas plus que l'existence d'une corrélation positive entre le religiosité d'un individu et celle de ses parents.

Des sociologues qui étudient les enfants britanniques ont trouvé qu'à peu près un sur douze seulement rompt avec les convictions religieuses de ses parents.
Comme vous pourriez vous y attendre, des chercheurs différents ont des modes d'évaluation différents ; il est donc difficile de comparer des études différentes.
La méta-analyse est la méthode par laquelle un chercheur regarde toutes les publications sur un sujet et compte le nombre d'articles qui ont abouti à la même conclusion par rapport à ceux qui ont tiré d'autres conclusions.
Sur le thème de la religion et du QI, la seule méta-analyse que je connaisse a été publiée par Paul Bell dans Mensa Magazine en 2002 (Mensa est une association d'individus dotés d'un QI élevé, et sa revue comprend, ce qui n'est pas étonnant, des articles sur la seule chose qui les rassemble).
Bell a conclu : "Sur 43 études menées depuis 1927 sur la relation entre la croyance religieuse et l'intelligence et/ou le niveau d'instruction, toute sauf 4 ont trouvé une relation inverse. C'est-à-dire que plus le niveau d'instruction de l'individu ou son QI est élevé, moins il a de chances d'être croyant ou de tenir à des "croyances" quelles qu'elles soient." [...]

[...] Les chrétiens avancés n'ont pas besoin d'Ira Gershwin pour les convaincre que "ce que tu peux lire dans la Bible, ce n'est pas nécessairement vrai".
Mais beaucoup de chrétiens autour de nous pensent le contraire et prennent la Bible très au sérieux en y voyant un témoignage historique littéral et exact, et donc une preuve sur laquelle étayer leurs croyances religieuses.
Ces personnes n'ouvrent-elles donc jamais ce livre qu'elles prennent pour la vérité littérale ? Comment ne remarquent-elles pas ces contradictions qui crèvent les yeux ?
Celui qui s'attache au sens littéral ne devrait-il pas s'inquiéter de ce que Matthieu fait remonter l'ascendance de Joseph au roi David par vingt-huit générations intermédiaires, alors que Luc en cite quarante et une ?
Pis encore, il n'y a pratiquement aucun nom en commun dans les deux listes ! De toute façon, si Jésus était réellement né d'une vierge, l'ascendance de Joseph ne serait pas pertinente et ne pourrait servir à dire que Jésus accomplit la prophétie de l'Ancien Testament selon laquelle le Messie devait descendre de David. [...]

[...] L'argument du degré. Nous voyons que les choses présentes dans le monde diffèrent entre elles. Il existe des degrés, mettons, dans le bon ou dans la perfection. Mais nous ne jugeons ces degrés que par rapport à un degré souverain. Comme les humaines peuvent être à la fois bons et mauvais, la bonté souveraine ne peut se trouver parmi nous. Il y a donc un être qui pour tous les êtres est cause de toute perfection : et cet être, nous l'appelons Dieu.

Ca, un argument ? Vous pourriez aussi bien dire que les individus ne sentent pas tous mauvais, mais qu'on ne peut faire cette comparaison qu'en se référant à un maximum parfait de puanteur.
Il doit donc exister un être hors pair, exceptionnellement puant, et nous l'appelons Dieu. Vous pouvez toujours remplacer cette comparaison par celle que vous voulez, vous arriverez toujours à une conclusion tout aussi stupide. [...]