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004 ~ BIENVENUE AU PARADIS (octobre 816) Kuchel Ackerman, dite Olympia

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Ce n'est pas si mal ici finalement. On y respire mieux. De temps en temps, un oiseau égaré vient voleter à la fenêtre. Cela faisait longtemps que je n'en avait pas vu un.

Il m'arrive d'aller au grand puits qui mène à la surface et de regarder en l'air pendant des heures... Ce sont toujours les coups de Livaï qui me rappellent à la réalité. Etrange qu'ils n'aient pas rebouché ce trou, tout de même... Ils ne sont pas si méchants en fin de compte ; ils veulent peut-être laisser aux gens du dessous la possibilité de voir le ciel. Tous les humains ont besoin d'air et de lumière...

Je ne sais pas si c'est ma grossesse qui me rend si naïve.

L'eau est un problème ; je dois parcourir pas mal de distance pour m'en procurer quotidiennement. Et dans mon état, mes forces me trahissent souvent. Pour la nourriture, un gentil commerçant, qui survit comme il peut, passe parfois devant chez moi. Il ne vend pas grand chose mais ça permet de tenir. Et puis c'est bon marché. S'il devait arriver quelque chose à cet homme, je ne sais pas ce que je deviendrai...

Les murs sont lézardés, et j'ai un peu peur de ce que ça donnera cet hiver... Cet hiver où tu es censé arriver... J'aurai préféré une autre saison, mais on essaiera de se tenir chaud. J'ai tellement hâte que tu sois avec moi !

Tu sais, mon petit chéri, je pense que ce monde est pas aussi moche qu'il en a l'air. Chacun porte son fardeau ; certains ont eu la chance de naître dans un palais, d'autres non. Mais la vie est pleine de nuances. On peut réussir à trouver un peu de bonheur dans la misère, regarde ta maman ! Il me suffit de penser à toi et je me sens heureuse ! Demain sera sans doute plus beau qu'aujourd'hui. Il faut bien se dire ça, sinon autant en finir, non ? J'espère que tu arriveras à faire ça, toi aussi.

Mais... il m'arrive d'avoir peur de l'avenir... Tu dois prendre ta maman pour une folle. Oui, parfois, la réalité me rattrape et je tremble... Comment on va vivre, tous les deux ? La mendicité, le vol ? Ce seraient des options probables... Tu ne feras jamais le même métier qu'oncle Ken... ni le mien, ça, sûrement pas ! Quels talents vas-tu me montrer ? Quel caractère auras-tu ? Quelle sera la couleur de tes yeux ? De tes cheveux ?

Oh mon dieu ! J'ai tellement peur de t'obliger à naître dans un monde dont tu ne veux peut-être pas ! Si seulement tu pouvais me parler comme je te parle...

Je réussis à avoir quelques clients depuis que j'ai emménagé dans cette maison. Ca paie pas de mine, et je dois quand même louer les services d'un gardien, histoire de filtrer ceux qui se présentent ; question de prudence. Je pensais que ma grossesse en repousserait la grande majorité, mais non, les plus pervers continuent de venir. Je peux pas m'en plaindre. Même un de mes habitués m'a suivie jusqu'ici. Lui, il est plutôt gentil, je l'aime bien. Parfois je me demande s'il serait pas ton père... Si c'était le cas, ça changerait quoi ? Il dépense presque tout son argent en boisson et en sexe, le pauvre.

Ca m'embête de t'imposer ça, mais il faut bien qu'on mange... Et le gentil commerçant, tout gentil qu'il est, ne va pas me faire crédit... Je pourrais peut-être lui demander. J'espère que tu ne sens rien, là-dedans... N'imagine pas ta maman faire ce genre de chose... Je n'ai pas le choix ; je ne sais... rien faire d'autre...

Si tout se passe bien, tu seras bientôt avec moi. Il faut que je vive pour que tu vives... Après, ma foi... Non, tu vas avoir besoin de moi pendant plusieurs années encore. Je dois économiser. Je vais éclaircir la soupe encore un peu, les légumes coûtent cher...

En attendant, je vais te lire une histoire. Une histoire sans murs, sans titans, sans misère, et où tout finit bien. J'ai emmené quelques livres. Je t'apprendrai à lire, ça c'est sûr. Ce serait tellement triste si tu ne savais pas lire...

Tu écoutes, Livaï ?...