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Suite à plusieurs de vos commentaires super encourageants, j'ai réalisé quelque chose...
Je vous montre des images qui ont trait à l'imaginaire, en particulier à l'héroï-fantasy. Je vous livre l'histoire de Dinjelaï Al'Ysiria, la jeune elfe aux yeux mauves et à ses dragons... Mais tout ça s'inscrit dans un contexte dont je ne parle pas tellement...
Ceux qui aiment les images que je propose doivent aimer également lire! En tout cas c'est mon cas! Et certaines personnes aimant lire, aiment aussi... écrire! Là vous vous dîtes: écrire? Je ne sais pas, ce que je sais, c'est que j'aime les histoires, et écrire, oui pourquoi pas? Mais écrire comme ça? A partir de quoi? Une histoire qui part sans bases, ça devient vite bancal, instable... C'est super difficile, et puis, à quoi ça sert? Si comme moi vous avez un entourage qui n'est pas aussi fan que vous de fantasy, personne ne pourra vous lire...
Alors là, on abouti à quelque chose que peu de monde connait... Un univers accessible depuis votre chambre, une dimension (je pèse mes mots) qui existe à portée de main, et qui renferme tout ce dont vous avez besoin... Cela s'appelle le RPG! Pour Role Playing Game!
Il s'agit d'un site internet, un forum, qu'une poignée de rêveurs a créée, pour vivre dans le monde qu'ils imaginent! Sur ces sites, les humains croisent des elfes, des ondins, des neishan... Et autant de races de ces êtres de légende! Sans oublier... Les personnages les plus mythiques de tous les bestiaires fantasy... Les dragons!
Un simple article de blog est bien insuffisant à vous décrire ces univers, mais allez donc jeter un coup d'oeil par vous même...    http://tol-orea.xooit.fr/index​.php
 
Là bas, vous croiserez certainement Dinjelaï Al'Ysiria, accompagnée bien sûr d'Anareinth et de Wirenth..

img_179607​_1-2042127​8fArtiste française (du moins francophone!) ses oeuvres sont d'inspi fantasy et franchement oniriques! Mélanie Delon se distingue de part l'originalité de ses créations et sa palette de couleur absolument incroyable!
Une grande partie de ses images sont sur ce blog (et je la remercie d'ailleurs :) )
Mais vous pouvez quand même aller faire un tour sur son joli site off: http://www.eskarina-circus.com/index.php?page=gallery
Les parties Quick et Misc valent le détour ;)
Par contre, pas de nouveautés en vue T.T

Née en Suisse de deux parents photographes, elle fait des illustrations pour jeux de cartes RPG, couvertures de romans, poster ou encore des concept art pour jeux.
J'adore son style, un digital art bien défini, d'une très grande précision. Les courbes des corps et les jeux d'ombres sont absolument impressionnants!
Encore bravo!
http://www.tascha.ch/?page_id=​2/

Artiste français autodidacte de 29ans, Miguel Coimbra travail en freelance pour le RPG, les cartes à jouer, et fait des couvertures de livres et de cd!Un portfolio très complet, et des gallery superbes et bien organisées, visite recommandée!!!http://miguel.co​imbra.free.fr/images/folio.php​3

Eva Wiederman est une artiste allemande, qui dessine la plupart du temps des guerriers dans un univers médiéval fantasy ou SF. Jolis portraits, jolies scènes, allez faire un tour sur son site off:www.eva-wiederman.de

http://www.meredithdillman.com/index.htmlUn super site, d'une grande artiste! Je conseille à toutes celles et ceux qui aiment particulièrement les images au crayon. Meredith Dillman représente principalement de jolies fées, habillées avec précision et goût!Petite critique: un peu trop rose bonbon peut-etre, mais de temps en temps, ce n'est pas désagréable ;)


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 Les lézards de feu sont les petits cousins des dragons. Ils sont très agiles, cracheurs de feu et voyageurs de l’Interstice, mais non doués de parole comme leurs grands congénères. Pour s’exprimer, ils utilisent donc un panel de bruitages, hululements, gazouillements, et envoient mentalement des images, issues de leurs souvenirs d’émotions fortes, dans l’esprit des humains.
 
 Wirenth, comme les reines dragons, est plutôt grande parmi ses congénères : soit plus de cinquante centimètres d’envergure, pour vingt cinq centimètres au garrot ! Exactement dix fois plus petite qu’Anareinth!
 
 La lézarde d’or n’est pas à proprement parler une experte du camouflage, ses écailles brillantes reflètent le soleil comme une boule à facettes ! Son principal plaisir est justement de flâner entre les rayons de soleil, sous le couvert des arbres de Tersia, en gazouillant de petits trilles sortis de son imagination, et source d’inspiration pour les arpèges de Dinjelaï sur les cordes du shamisen.  
 
 Wirenth, si elle est maligne, ne peut pas être considérée comme particulièrement intelligente : totalement illogique, et très peureuse, elle déteste être menée dans les conflits, et quand c’est la cas, elle assomme les différentes personnes présentes autour d’elle d’images de feu et de sang, brouillant toutes les tentatives de communication ! Mais heureusement ces petits défauts sont contrebalancés par sa nature malicieuse et sa promptitude au jeu. D’autant qu’elle est très attachée à Dinjelaï, ce qui en fait une messagère entièrement fiable, et un repousse chagrin quand l’enchanteresse est envahie par la mélancolie…
 

 De très petite taille pour ses congenères, Anareinth mesure à peine deux mètres cinquante au garrot, cinq mètres, du museau jusqu’à la queue pour cinq mètres d’envergure environ.
 
 La couleur blanche est plutôt rare chez les dragons, ce qui entraine de nombreuses variations morphologiques : les écailles d’Anareinth sont relativement petites et plus fragiles que celles de ses frères, c’est pourquoi, lors des combats rangés, Dinjelaï l’aide à revetir un plastron de d’acier, attaché par des sangles de cuir pour proteger les flancs et le cou du dragon, plus fragiles.
 
 Si ces écailles sont moins solides, elles sont également beaucoup moins lourdes ! Ce qui lui donne un avantage certain de vitesse et d’agilité. Sa petite taille est idéale pour les courses de rapidité, même si ses ailes sont moins puissantes de que celles des grands bronzes.
 
 Autre atout du dragon Blanc, dont la taille est parfois sujet de mépris pour ses congénères : la maîtrise de l’Interstice. Si tous les dragons sont capables de se téléporter via cette trame de néant parallèle à notre monde, Anareinth semble voyager avec une extreme facilité dans ce milieu plutôt étrange, et ses reflexes de survie le font, en combat, une cible très difficile à atteindre, car il ne cesse de plonger adroitement dans l’Interstice, pour se téléporter avec audace à quelques mètres à peine de son ennemi, le gardant toujours en contact visuel, tout en restant hors de porté de ses flammes, avec une précision de mouvements quasi-inégalée.
 
Anareinth est d’un naturel calme et sage, qui contraste vivement avec la spontanéité de l’enchanteresse. Réfléchi et malicieux, sa Liaison avec Dinjelaï est au moins aussi rare que sa couleur, car le jour de l’Empreinte, les dragons ont tendance à se lier avec un Aspirant de leur sexe. Cette particularité engendre sans doute quelques soucis de compréhension, mais Anareinth est quasi-imperturbable, et surtout n’engendrera jamais. Il ne juge donc pas les différentes affinités de sa Liée avec les hommes, et se contente parfois d’une remarque sarcastique, voir d’un brin de jalousie.

 Din et Anareinth n’ont jamais suivi les cours d’une Ecole des Dragons. Leur relation étroite et leur complicité s’est tissée sur les chemin, de jour et jour et de vol en vol. Leurs techniques d’attaques non conventionelles, sont le fruit de longues heures de débats et d’entrainement…
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  Plutôt grande, à l’instar de ceux de sa race, Dinjelaï mesure plus d’un mètre soixante quinze. Son corps est fin et élancé, harmonieusement musclé par ses années de marche et de chasse.
 
 Au départ du clan, sa mère lui avait noué une plume des les cheveux, pour qu’elle n’oublie pas les valeurs animistes que lui avait inculqué sa famille, et continu de chercher son animal totem… Sa mère pensait à un oiseau, son père à un félin… L’avenir démontra qu’ils avaient tous les deux à la fois raison et tort… Durant son Itinérance, ses colifichets, de plus en plus nombreux, sont devenus un signe distinctif particulier. Ainsi, ses longs cheveux blonds sont parsemés de fines nattes et tresses, sur lesquelles sont enfilées diverses perles, grelots, morceau de soie, pierres et os troués ainsi que des fils colorés, le tout qui cliquette
Continuellement à chacun de ses mouvements. Ils sont l’expression la plus directe de son Itinérance, chaque objet étant directement lié a un souvenir fort, un apprentissage ou a un esprit du monde, car Dinjelaï n’a pas oublié les croyances chères à son peuple, qui sont restées comme le dernier héritage de son clan.
 
 Ses yeux mauves, ordinaires au clan, sont particuliers dans le reste du monde. L’enchanteresse a désormais l’habitude des regards méfiants et dérangés, à la fois par le violet sombre, la grande taille de ses yeux et l’intensité de son regard. Elle a apprit à ne pas se vexer lorsque les gens qu’elle fixe tournent le regard, gênés. Pourtant ses yeux sont plutôt jolis : découpés en amande et bordés de longs cils sombres, ils sont avant tout le miroir de son âme. Car si l’enchanteresse arrive à maîtriser les expressions de son visage, jusqu’à pouvoir parfaitement garder ses traits de glace, ses yeux sont extrêmement expressifs, et pour un observateur attentif, ils la trahissent à chaque fois…
 
 Ses traits sont plutôt fins et son visage est agréable, même si profondément marqué par les signes elfiques : une peau très pâle, qui malgré les longues marches sous le soleil ne s’est jamais halée, mais piquetée par de nombreuses tâches de rousseurs qui ajoutent à son air enfantin.
 
 Ses longs doigts graciles sont aussi habiles aux travaux fins et aux pincements des cordes du shamisen qu’à bander son arc d’if. Habitués aux travaux précis et aux enchantements, ses mains sont d’une grande dextérité.
 
 Enfin, invisible à ceux qui ne la connaissent pas parfaitement – et rehaussé d’argent est incrusté dans sa nuque, à quelques centimètres des dernières racines de cheveux. Al’Ysiria prétendait qu’il s’agissait d’un catalyseur magique, et du symbole de son apprentissage, et lui avait précautionneusement percé la peau pour y introduire la petite corne cerclée d’argent, dont les deux piques émoussées dépassaient de par et d’autre de la ligne formée par ses vertèbres cervicales…
 



Voici la version complète de la biographie qui se trouvait autrefois dans les Bibliothèques du feu Royaume d'Anthérius...



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Dinjelaï est née, un beau jour de fin d’été, dans le clan elfique des Trois Sœurs au plus profond des bois d’Anyanthyl… Cette histoire commence au lendemain de la mort de la femme qui l’a élevé, au seizième printemps de la vie de la toute jeune elfe, deux ans après le début de son apprentissage de la magie par sa mentor : Al’Ysiria…

I - L'arrivée à Edelwen:

L’elfe avançait… Avalait les kilomètres… La mort de sa mentor avait plongé Dinjelaï dans une dépression, et elle, qui d’ordinaire était si joyeuse et gaie, bavardant sans relâche et dont la curiosité jamais assouvie devenait morose… Cependant, elle continuait de marcher, trouvant un apaisement dans ses longues marches d’Itinérante et s’abrutissant de fatigue… A ses courtes nuits sans sommeil sous les buissons, succédaient des jours solitaires et embrumés par l’épuisement… De jours sombres en nuits blanches, Dinjelaï en vint à éviter les villes et les hommes, se nourrissant plus qu’exclusivement de baies et de racines, trop fatiguée qu’elle était pour chasser, trop fière encore pour mendier dans un bourg, encore trop idéaliste pour vendre son corps…
 
L’elfe avançait, encore et toujours mais sans but, et traversait depuis une quinzaine de jours un territoire particulièrement déprimant : le ciel bas et gris pesait jour et nuit sur des plaines humides entrecoupées de bois dont les arbres tendaient leurs branches nues vers les nuages. Ce décor semblait issu de ses pensées noires, tant il était accordé avec son désespoir… On approchait alors de la deuxième quinzaine de janvier, mais la température était plutôt douce et le temps, bien qu’humide, restait clément… Alors que Dinjelaï s’en faisait silencieusement la réflexion, quelques gouttes d’eau vinrent la contredire, en s’infiltrant désagréablement dans les mailles de sa cape de toile…
 

Dinjelaï avait une peur toute particulière, qui n’a jamais touché les sédentaires, mais qui terrifie les Itinérants: la pluie… Un voyageur ne peut marcher des heures sous le déluge, ruisselant et imbibé jusqu’à la mœlle, sa peau flétrie et ses muscles s’engourdissent. Il est obligé de trouver refuge sous un toit, le temps que l’orage passe… Les quelques gouttes qu’avait reçu l’enchanteresse n’annonçaient pas une averse passagère, mais bien les prémices d’une ondée diluvienne…
Alors que l’averse prenait de l’ampleur, Dinjelaï rabattit son capuchon sur ses cheveux blonds et fronça le nez dans une mimique contrariée. L’enchanteresse ne força pas l’allure : elle n’avait nul endroit ou s’abriter, et les arbres dépourvus de feuillage n’avaient pas non plus de protection à lui offrir. Un frisson la parcouru de part en part lorsque ses couches inférieures de vêtements furent atteintes à leur tour par l’eau froide, et elle resserra les pans de sa cape afin de se protéger de l’humidité. Ses bottes de vieux cuir prirent l’eau une petite heure plus tard lorsque qu’elle posa le pied sans le vouloir dans une flaque sournoise dissimulée dans l’herbe… Dinjelaï  lâcha un juron sourd quand son pied glissa dans la boue et que sa botte droite s’emplie brusquement d’eau gelée, mais ne stoppa pas sa route : désormais, elle ne pourrait pas être plus mouillée, donc autant continuer ! Ses pensées étaient maintenant aussi gelées que sa peau, mordue sans relâche par la bise froide qui s’était levée…
 

Mais contrairement à ses prévisions, et ses espérances, la pluie ne cessa pas dans l’après-midi, d’ailleurs elle ne s’arrêta pas non plus dans la soirée, et pas moins dans la nuit… Lorsque la lune atteignit son zénith, frissonnante de tous ses muscles, Din se roula en boule sous un buisson, trempée et sans espoir de passer une nuit sèche, les sourcils froncés de tant d’inconfort… Son premier réveil de cette période humide fut désastreux : pendant son demi-sommeil, son corps avait creusé un petit trou dans lequel la pluie avait stagnée, enfonçant tout le coté droit de l’elfe dans une boue saumâtre…
Si Din avait pensé pouvoir se sécher dans la journée, cet espoir eut bientôt disparu et la jeune fille continua à avancer, comme un loque moite, âme désespérée et solitaire sur la plaine devenue marécageuse qu’elle traversa dans la journée. La boue qui la recouvrait fut chassée par l’eau qui continuait de ruisseler du ciel, mais ses bottes n’eurent pas la même chance et restèrent couvertes de terre… A midi, Dinjelaï n’eut pas à creuser pour déterrer quelques carottes sauvages, reconnaissables par leurs hautes tiges, ni a trouver un point d’eau pour les laver, et s’en fit un déjeuner qu’elle grignota en marchant, toujours vers l’Ouest, comme elle l’avait décidé.
 

Mais garder un cap, sans soleil, sous un déluge n’est pas chose facile, et alors que la pluie ne cessait de tomber, l’enchanteresse dévia, doucement mais sûrement, vers le Nord… La tempête continua de souffler, pendant plus d’une dizaine de jours, durant lesquels, toujours aussi imbibée de fierté et d’honneur, que d’eau et de boue, Dinjelaï ne put faire halte dans aucun bourg… Ses yeux cernés de noir reflétaient ses nuits aussi blanches que la lune qu’elle n’avait aperçu depuis des nuits, et bientôt, ses tâches de rousseurs disparurent, lavées à grande eau par la pluie qui ruisselait sans discontinuer sur son visage devenu d’une pâleur mortelle… Sur chaque centimètre de peau de son corps, des ridules humides étaient apparues, troublant ses perceptions au niveau de ses doigts…
Alors que la sensation de la toile trempée sur son corps commençait à l’horripiler, elle entassa toutes les épaisseurs qu’elle pouvait ôter sans risquer la mort dans sa besace, et continua d’avancer, cette fois de jour comme de nuit, marchant à petits pas comptés pour économiser le peu de force qu’il lui restait…
Bientôt, les premières moisissures apparurent sur ses vêtements imbibés d’eau, et leur contact lui répugna encore d’avantage, toute la journée, Din tremblait de froid et d’horreur, perdant petit à petit l’esprit… Chaque goutte qui tombait lourdement dans ses cheveux, plaquait d’avantage ses colifichets sur son crâne, lui faisant perdre contenance et lui donnait l’impression de devenir folle, de ne pouvoir arrêter ce cauchemar qui ne discontinuait pas ! Les chutes d’eau ne s’étaient pas arrêtées - pas même une heure ! - depuis le début de son calvaire, et le tremblement ininterrompu de tous ses muscles l’épuisaient plus sûrement que sa marche mesurée… Progressivement, le vent froid qui soufflait sans discontinuer la priva des sensations mêmes de son corps frissonnant, et bientôt un engourdissement la pris, s’insinuant sournoisement, d’abord dans son corps, puis dans son esprit à bout…
Quatorze jour après le début, des larmes d’angoisse vinrent se mêler à la pluie sur le visage d’une blancheur presque transparente de l’elfe à bout de nerf, et avant la fin de la journée, la terreur et l’abattement vinrent à bout de toute fierté, tout honneur… Quarante huit heures après le dernier sommeil qu’elle avait pu grappillé, Dinjelaï arriva en vue d’une cité, plus imposante que tous les bourgs qu’elle avait croisé jusque là. Sans réfléchir, Din en traversa les grilles, sous l’œil méprisant ou convoiteur des gardes… Muette, elle erra dans les rues pavées, et échoua dans une auberge plutôt crasseuse et quasi vide de bas quartier.
 

En la voyant pénétrer dans son établissement ruisselante et le regard vide, l’aubergiste fronça les sourcils, intrigué et mécontent. Dinjelaï leva ses yeux mauves, délavés par le chagrin et la pluie, elle ne comprenait pas, dans cette atmosphère chaude, ses vêtements la dégouttaient encore d’avantage…
 

S’il vous plait… Un feu…

 

Sa voix rauque et sèche était celle de ceux qui n’ont pas parlé depuis une éternité, et le tavernier fronça encore plus ses épais sourcils… Disparus les accents joyeux de sa voix autrefois claire et chantante… Le capuchon de Din tomba, découvrant, entre deux mèches raides et blondes ses oreilles fines et pointues, et la curiosité du tavernier s’exacerba : les elfes étaient rares dans ce bourg, et avaient la réputation d’avoir un port gracieux et une classe inégalable. Malgré son visage blanc et ses yeux cernés, la jeune fille qui se trouvait en face de lui avait des traits hérités sans hésitation du Beau Peuple, mais ce fut son regard mauve suppliant, qui fit ronchonner l’aubergiste, prompt à la pitié même s’il n’en montrait rien… Sur un ton bougon, il proposa à l’elfe :
 

Bien, j’vais pas vous remettre à la porte en saison des pluies ! On pourra pas dire que l’vieux Altir vous a foutu une mamzelle en détresse à la porte !  Je dois même pouvoir vous trouver une chambre au sec !

 

Toujours tremblante, Dinjelaï suivit l’homme jusqu’au deuxième étage, s’appuyant lourdement sur la rambarde de bois de l’escalier. Arrivé au bon pallier, sa vision se brouilla et deux cercles noirs rétrécirent son champ de vision au seul point qui se trouvait devant elle. L’elfe vacilla, émit un seul soupir, avant de perdre connaissance…
 

Quand elle s’éveilla, toujours dans ses vêtements humides, une douleur lancinante à la tête, ainsi qu’une vilaine bosse lui indiquèrent qu’elle avait du chuter dans les escaliers, avant que le tavernier ne la pose dans ce lit propret. Le seul fait d’être sur une couchette était une expérience quasi nouvelle et une sensation presque miraculeuse ! Avec précaution, Din s’assit sur le bord du lit et observa la pièce : un feu vif brûlait dans une cheminée, et deux épais et longs torchons de tissus chauffaient devant. Un tapis de laine épaisse reposait au sol, devant un long miroir de pied. Dans un coin, une chaise complétait le simple mobilier et portait une robe de bure unie, droite et longue. Sur la chaise, un petit broc d’eau était destiné à la toilette de la jeune Itinérante. Malgré le contact désagréable de la toile, l’enchanteresse eut le plaisir de constater qu’elle avait retrouvé la sensation de son propre corps.
 

Par deux fois, l’enchanteresse cligna des yeux, toujours assise immobile, mais lorsqu’elle reprit conscience de son corps, et des vêtements moisis qu’elle portait, elle fut saisie à nouveau de dégoût, et arracha littéralement la toile qui la couvrait, sans se soucier de savoir si la porte était fermée ou non. Dinjelaï se saisit d’un des longs torchons chauds et se frotta vigoureusement, pour ôter la moindre gouttelette d’humidité, la plus minuscule des tâches de boue et de terre qui la maculait quasiment des pieds à la tête. Une fois ce travail effectué, Dinjelaï s’observa dans le miroir de pied, pour constater avec dégoût qu’elle était toujours couverte de tâches marron et noires, qui n’étaient pas de la boue… L’enchanteresse respira profondément pour ne pas replonger dans sa terreur, et froidement se saisit d’une brindille dont le bout était incandescent, et sans prendre le temps de se réchauffer, l’enchanteresse ôta les sangsues grosses comme des phalanges, et les tiques noires qui lui recouvraient le corps un peu partout, en apposant le bout brûlant du bâton contre leur corps rose gorgé de sang, ou la carapace de chitine… En frétillant, les monstrueuses petites bêtes sortaient leurs têtes hideuses de la peau de l’elfe, qui en profitait pour les égorger d’un petit glissement de dague. Bientôt, alors qu’une trentaine de cadavres de ses répugnants animaux gisaient au sol, l’enchanteresse eut fini son désagréable travail. Trop faible pour lancer le plus petit des sorts de guérison, Dinjelaï se saisit du deuxième torchon, et en trempa la plus petite extrémité dans le broc d’eau tiède, afin de nettoyer au mieux les petites plaies encore sanglantes qui couvraient son corps.
 
 Une fois ses blessures lavées, Din leva les yeux vers le miroir, qui la reflétait en intégralité, et malgré sa vision trouble, frémi de son image. Ses côtes saillantes et ses joues creuses étaient le résultat de la dernière semaine, ou elle n’avait pour ainsi dire rien avalé d’autre que de la mousse facile à arracher. Ses genoux même étaient presque plus épais que ses cuisses rachitiques… Tout son corps plissé était d’une pâleur mortelle, et l’elfe ressemblait à un cadavre vivant… En s’approchant un peu pour mieux se dévisager, elle constata avec tristesse la disparition de ses tâches de rousseurs nées avec le soleil, au début de l’Itinérance et qui faisaient rire Al’Ysiria. Ses yeux cernés de noir étaient engoncés dans des orbites creux du fait de son absence de nourriture et son regard habituellement si expressif, ne reflétait que tristesse et désespoir…
 
 Lassée de ce reflet qu’elle ne reconnaissait pas et reprise à nouveau par ses vertiges, l’enchanteresse s’entortilla du mieux qu’elle pu dans la petite serviette pour couvrir sa nudité dérangeante, puis s’agenouilla au plus près des flammes. Alors, submergée par le bien-être qui l’envahissait, en même temps que la douce et sèche chaleur du feu, Dinjelaï ferma les yeux, et s’endormi dans cette exacte position, comme seuls les Itinérants savent le faire…
 

 L’elfe fut réveillée en sursaut par une femme plutôt âgée, qui toquait à la porte en même temps qu’elle la poussait :
 

Ah ! Je vois que mamzelle est déjà debout ! C’est pas ben raisonnable ça ! Avec la frayeur qu’elle a fait a l’Altir tout à l’heure !

 

 La voix de la vieille femme était chantante et un peu grave, rappelant à Din sa mentor avec un pincement au cœur… Dans sa main droite, la nouvelle arrivante portait un plateau sur lequel se trouvait une miche de pain, une assiette de civet fumante et un demi de cidre.
 

C’est qu’c’est pas les habitudes de la maison, de laisser des gens mouillés dehors ! Surtout en cette saison ! Pis c’est qu’on a pas souvent de Bels Gens par ici, et encore moins des dmoiselles dans vot’ genre !

 

Un demi sourire étira doucement les lèvres de l’enchanteresse, voilà si longtemps qu’elles n’avaient pas été entraînées à un tel exercice. Din n’avait guère l’occasion de sourire seule sur les routes, et encore moins ces deux dernières semaines. Elle ouvrit la bouche dans l’intention de remercier ses ‘sauveurs’ mais aucun son ne franchit ses lèvres pâles et ses sourcils se fronçèrent a nouveau en une moue triste… Elle força alors sa voix, et toujours grave, mais moins rauque, elle réussi seulement à prononcer :
 

Merci…

 

La vieille haussa vivement les épaules, puis avec un grand sourire débarrassa la chaise du broc d’eau, pour y déposer le plateau de victuailles. Soulagée de sa charge, elle se tourna pour regarder plus attentivement l’elfe… Gênée par ses yeux scrutateurs, l’enchanteresse tenta de se recroqueviller un peu plus sur elle-même, mais l’humaine l’en empêcha, et la pris par les deux épaules pour mieux la voir :
 

Mon dieu comme elle est maigre ! Ben mamzelle, vous allez rester un peu ici, goutter la cuisine de la mère Linlin ! C’est moi !

Et surtout plus de pluie !

 

Maintenue debout par la vieille Linlin, l’enchanteresse sentit ses jambes trembloter, avant de perdre toute force. Heureusement que la femme qui la tenait avait des réflexes encore vifs, qui évitèrent à Dinjelaï une nouvelle chute… Sans ménagement, Linlin la déposa sur le lit, et soupira bruyamment, un œil posé sur le torchon qui s’était détaché et gisait au sol laissant Din nue en position fœtale sur le matelas:
 

Z’ êtes plus faible qu’un poupon ! Et puis s’pas ainsi qu’on s’habille chez nous ! La robe, l’était pour vous !

 

Mais Din avait fermé les yeux, de toute façon, elle n’y voyait pratiquement plus rien, et perçu seulement que Linlin lui passait la robe de bure avec douceur, alors que l’elfe restait plus molle qu’une poupée de chiffon.
 

Avant de dormir, m’est avis que vous devriez manger un morceau, ou au moins boire un peu…
 

Sans répondre, Dinjelaï acquiesça de la tête, et laissa la vieille femme lui faire couler un peu de cidre au fond de la gorge, déglutissant avec peine le liquide pétillant. Quand Linlin jugea qu’elle avait assez bu, elle reposa précautionneusement le corps léger de l’elfe sur le lit, et la couvrit d’un épais édredon, avant de s’éloigner pour regarder l’enchanteresse, un petit sourire de pitié et d’attendrissement sur le visage… Puis la vieille femme tourna les talons, et arrivée à la porte se retourna, pour demander, d’une voix forte et claire :
 

Il s’rait bon d’connaître le p’tit nom de la dmoiselle !

 

L’absence de réponse lui apprit seulement que la demoiselle en question s’était profondément endormie, et après un dernier haussement d’épaule,  Linlin quitta la chambre de Dinjelaï.
 
Un crépitement incessant, et de l’eau, de l’eau partout… Je jette un regard tout autour de moi… J’étais… Dans la bassine d’eau ?! Nue, et mouillée de nouveau ! Je ne veux pas ! Je tambourine sur les parois de verre avec mes petits poings minuscules, mais personne ne vient ! Pourquoi ? J’ai besoin d’aide ! L’eau monte !

Mais ? Al’Ysiria apparaît devant moi, le visage déformé par la paroi de verre… Avec un ricanement cynique, elle tapote de son ongle sur le mur de ma prison, puis dévisse le bouchon du bocal qui continu à se remplir à un rythme monstrueusement lent et sournois… Mais ? Que fait elle ? Pourquoi approche t’elle cet arrosoir ? Sort moi d’ici et reprends moi avec toi !!!

Elle disparaît… Mais pourquoi ? Reste ! Amène moi avec toi ! Je ne veux plus rester seule !!!

Alors que l’eau monte et monte et plaque ma tête contre le couvercle, elle se retourne, puis d’un air triste me dit : « Trouves toi quelqu’un d’autre… »

Plus que l’eau qui s’insinue dans mes poumons à vif, ses dernières paroles me tuent…



En sursaut, l’elfe ouvrit grand ses yeux mauves ! A nouveau, elle étouffait et tout son corps était moite de sueur… Din se releva prestement, et rejeta l’édredon aussi loin que ses maigres forces le permettaient. Reprise de tremblements convulsifs, elle s’assit en boule, passant ses bras autour de ses jambes maigres, attendant que cesse sa crise passagère.
 

Quand elle eut recouvré ses esprits, Dinjelaï embrassa à nouveau la pièce du regard. Les rideaux étaient tirés et la faible lumière de la chambre était composée des braises qui rougeoyaient dans le foyer, et d’une unique bougie allumée sur la table de chevet. Un temps relativement long semblait s’être écoulé à en croire les filets de cire fondus puis rendurcis sur les bords de la chandelle et dans la coupelle de bois sur laquelle elle était posée. Elle secoua un peu la tête, et passa avec bonheur ses doigts dans ses longs cheveux secs, faisant tinter au passage les grelots attachés dans ses tresses.
 

Dinjelaï grignota lentement quelques tranches de pain noir saucé avec le civet froid, jusqu’à ce que son estomac rétréci lui envoi des signaux douloureux. Une fois le ventre plein, l’enchanteresse se leva avec précaution, et, toujours vêtue de sa longue robe de bure râpeuse, elle entama une descente prudente dans les escaliers. Arrivée sans encombre dans la salle commune, vide à l’exception de quelques habitués qui trinquaient au coin du feu, la jeune elfe chercha du regard ses hôtes : Linlin et Altir. Ne les trouvant pas, elle s’assit à son tour non loin du foyer, mais tout en gardant une distance craintive avec les quatre hommes à moitié soûls.
 

Elle resta ainsi, hébétée par tant de chaleur et de paroles jusqu’à ce que Linlin fasse son apparition dans la salle, et la découvre muette et dans son coin. La vieille femme fronça les sourcils avec la même expression que son mari, et saisit l’elfe vacillante par les épaules :
 

Ecoutez moi bien dmoiselle ! Vous t’nez même pas debout, j’veux point vous voir traîner par ici ! Avec tous ces lourdaux à moitié pleins, z’avez intérêt à rester dans vot’ chambre ! Allez, retour au lit, j’vous z’y ramène !

 

Sans protester, Dinjelaï se laissa faire, et remonta les escaliers devant la vieille Linlin. Une fois dans la chambre qui lui était attribué, elle se sentait un peu ragaillardie par les babillages des clients et ses vêtements secs lui procuraient une satisfaction intense. L’elfe se dirigea vers la fenêtre masquée par le rideau, et de l’index écarta doucement le voilage… Dehors, des trombes d’eau faisaient se coucher toutes les herbes du jardin, les noyant dans une flaque boueuse semblable à celles qu’elle avait traversé ses deux dernières semaines…
 

Le simple fait de voir la pluie tomber réactiva ses tremblements incontrôlables, et Din lâcha le rideau pour retourner s’asseoir sur son lit. Pendant tout ce temps, Linlin était restée silencieuse, respectant la douleur des expériences encore proches de l’elfe, les yeux perdus dans les diverses babioles qui ornaient les cheveux de l’elfe… Puis sa curiosité reprenant le dessus, elle rejoignit Din sur le lit, et posant ses mains bien a plat sur ses genoux :
 

La dmoiselle elle a bien un nom, pas vrai ? Pis elle doit avoir une histoire pour nous arriver par ici avec cette mine toute tristounette ?!

 

Dinjelaï resta muette quelques instants, puis se tourna vers la vieille femme et planta son regard mauve quelque peu dérangeants dans les yeux pétillants de Linlin. Celle-ci les détourna rapidement, puis ajouta, un peu peinée :
 

Si elle veut pas, après tout c’est point bien grave…

 

Linlin, je me nomme Dinjelaï…

 

Comme si révéler son nom était le début d’un aveu, l’enchanteresse baissa les yeux pudiquement. Son ton était doux, et elle avait à peine chuchoté, laissant uniquement un filet de voix la présenter à la vieille femme. Celle-ci en profita pour la questionner indirectement…
 

Toi ma jolie, tu es restée longtemps sans voir de monde, je me trompe ?

 

Comme si l’évocation seule de ce passé si proche la traumatisait encore, de longs frissons la parcoururent à nouveau, et l’enchanteresse, à nouveau épuisée, se roula en boule sur le lit. Avisant la fatigue de sa nouvelle protégée, Linlin se leva pour lui faire de la place, et la recouvrit de l’édredon. Alors qu’elle allait s’effacer et sortir de la chambre pour laisser Dinjelaï dans les bras de Morphée, un filet de voix rauque s’échappa de la gorge de l’enchanteresse :
 

Sous la pluie Linlin… Seule, et sous la pluie…

 

Avant que la vieille femme n’ait eu le temps de répondre, les paupières bordées de cils sombres de l’elfe tombèrent, et Din s’endormi, d’un sommeil réparateur cette fois ci sans rêves…